À ces paroles de son mari: «Va, mon noble époux, lui dit Sîtâ, voir ton père et même avec lui ta mère.»
Sorti de son palais, ce prince d'une splendeur incomparable vit rassemblés devant les portes une foule de serviteurs, curieux de voir le noble maître. À leur aspect, il s'approcha d'eux et les salua tous; puis, sans perdre un instant, il s'élança dans un char d'argent, déjà même attelé. Élevé sur le char opulent, dont le fracas égalait celui du tonnerre, Râma sortit de son palais, comme la lune sort des nuages blancs.
Alors, tenant un parasol avec un chasse-mouche dans ses mains, Lakshmana aussitôt monta derrière l'auguste Râma, comme Oupéndra se tient derrière le dieu Indra, et lui fit sentir agréablement les doux offices de l'ombrelle et du chasse-mouche. Un cri de «Halâ! halâ!» s'éleva immense, et le cœur de tous se dilata, quand on vit s'avancer dans son char ce Râma, le plus noble des hommes qui possèdent un char.
Il s'avançait lentement et répondait à ces foules d'hommes par des saluts, distinguant chacun d'eux avec un mot, un sourire, un coup d'œil, un mouvement du front, un geste de la main.
Les épouses mêmes des habitants, accourues à leurs fenêtres, contemplaient cette marche de Râma et vantaient ses vertus, qui tenaient leur âme enchaînée avec un lien d'amour.
«Râma, disaient les unes, suivra le chemin dans lequel ont marché ses aïeux et même avant eux ses vénérables ancêtres, car il possède un nombre infini de vertus. Ainsi que son aïeul et son père nous ont gouvernés, ainsi nous gouvernera-t-il, et même beaucoup mieux, sans aucun doute. Loin de nous aujourd'hui le boire et le manger! loin de nous aujourd'hui toute jouissance des choses aimées, tant qu'il n'aura pas obtenu d'être associé à la couronne!»
«Oh! disaient les autres, il n'existe pour nous aucune chose préférable au sacre du vaillant Râma: il nous est même plus cher que la vie! Que la reine Kâauçalyâ se réjouisse de voir en toi son fils, et que Sîtâ monte avec toi, noble enfant de Raghou, au sommet de la plus haute fortune! Quand le don paternel t'aura mis sur le front cette couronne désirée, vis, Râma, une longue vie, assis dans le plaisir sur tes ennemis vaincus!»
Tandis que le beau jeune homme poursuivait sa marche vers le palais du monarque, son oreille était frappée de ces discours et par différentes autres acclamations flatteuses, que lui jetait encore une foule assise sur les plates-formes des maisons. Aucun homme, aucune femme ne pouvait séparer de lui ses regards, ni lui reprendre son âme, ravie par les qualités d'un héros si plein de majesté.
Râma vit son père assis dans un siége, en compagnie de Kêkéyî, et montrant la douleur peinte sur tous les traits de sa figure desséchée par le chagrin et l'insomnie. D'abord, s'étant prosterné et joignant les mains, il toucha du front ses pieds; ensuite et sans tarder, il s'inclina de nouveau et rendit le même honneur à ceux de Kêkéyî.