«Car ces deux sciences, qui apportent avec elles la force et la vie, sont les filles de l'aïeul suprême des créatures; et toi, ô Kakoutsthide, tu es un vase digne que je verse en lui ces connaissances merveilleuses. Entouré de qualités divines, enfantées par ta propre nature, et d'autres qualités acquises par les efforts d'un louable désir, tu verras encore ces deux sciences élever tes vertus jusqu'à la plus haute excellence.»
Après ce discours, Viçvâmitra, l'homme riche en mortifications, initia aux deux sciences Râma, purifié dans les eaux du fleuve, debout, la tête inclinée et les mains jointes.
Le héros enfant dit, chemin faisant, au sublime anachorète Viçvâmitra ces paroles, toutes composées de syllabes douces: «Quelle est cette forêt bien grande, qui se montre ici, non loin de la montagne, comme une masse de nuages? À qui appartient-elle, homme saint, qui brilles d'une splendeur impérissable? Cette forêt semble à mes regards délicieuse et ravissante.»
«Ce lieu, Râma, lui répondit l'anachorète, fut jadis l'ermitage du Nain magnanime: l'Ermitage-Parfait, c'est ainsi qu'on l'appelle, fut jadis la scène où le parfait, où l'illustre Vishnou se livrait sous la forme d'un nain à la plus austère pénitence, dans le temps, noble fils de Raghou, que Bali ravit à Indra le sceptre des trois mondes.
«Le Virotchanide, enflammé par l'ivresse que lui inspirait l'éminence de sa force, ayant donc vaincu le monarque du ciel, Bali resta maître de l'empire des trois mondes.
«Ensuite, comme Bali voulait encore augmenter sa puissance par l'offrande d'un sacrifice, Indra et l'armée des immortels avec lui vint dire, tout ému de crainte, à Vishnou, ici même, dans cet ermitage:
«Ce Virotchanide d'une si haute puissance, Bali offre un sacrifice: et cependant ce roi des Asouras est déjà doué d'une telle abondance, qu'il rassasie les désirs de toutes les créatures. Va le trouver sous cette forme de nain, Dieu aux longs bras, et veuille bien lui mendier ce que trois de tes pas seulement peuvent mesurer de terre. Il doit nécessairement t'accorder l'aumône de ces trois pas, aveuglé qu'il est de sa force, comme de son courage, et méprisant dans toi-même le maître du monde, qu'il ne reconnaîtra point sous ta forme de nain. Le roi des vils Démons gratifie par l'accomplissement de leurs vœux les plus chers tous ceux qui, désirant obtenir l'objet où leur souhait aspire, invoquent sa munificence.
«Cet ermitage parfait de nom le sera donc aussi de fait, si tu veux bien en sortir un instant, ô toi, de qui l'énergie est celle de la vérité même, pour accomplir cette action parfaite.
«Conjuré ainsi par les Dieux, Vishnou, sous la forme de nain, dont s'était revêtue son âme divine, alla trouver le Virotchanide et lui demanda l'aumône des trois pas.
«Mais aussitôt que Bali eut accordé les trois pas de terre au mendiant, le nain se développa dans une forme prodigieuse, et le Dieu-aux-trois-pas[3] s'empara de tous les mondes en trois pas.—Du premier pas, noble Raghouide, il franchit toute la terre; au deuxième, tout l'immortel espace atmosphérique; et, du troisième, il mesura tout le ciel austral. C'est ainsi que Vishnou réduisit le démon Bali à ne plus avoir d'autre habitation que l'abîme des enfers; c'est ainsi qu'ayant extirpé ce fléau des trois mondes, il en restitua l'empire au monarque du ciel.