Note 3: Trivikrama, un des surnoms de Vishnou, qu'il dut à cette légende.
«Cet ermitage, qui fut habité jadis par le Dieu aux œuvres saintes, reçoit très-souvent mes visites par dévotion en l'ineffable nain. Voici le lieu où grâce à ton courage, héros, fils du plus grand des hommes, tu dois immoler ces deux rakshasas qui mettent des obstacles à mon sacrifice.»
Ensuite Râma, ayant habité là cette nuit avec Lakshmana et s'étant levé à l'heure où blanchit l'aube, se prosterna humblement pour saluer Viçvâmitra.
Alors ce guerrier, de qui la force ne trompe jamais, Râma, qui sait le prix du lieu, du temps et des moyens, adresse à Viçvâmitra ce langage opportun: «Saint anachorète, je désire que tu m'apprennes dans quel temps il me faut écarter ces Démons nocturnes qui jettent des obstacles dans ton sacrifice.»
Ravis de joie à ces paroles, aussitôt Viçvâmitra et tous les autres solitaires de louer Râma et de lui dire: «À partir de ce jour, il faut, Râma, que tu gardes pendant six nuits, dévoué entièrement à cette veille continue; car une fois entré dans les cérémonies préliminaires du sacrifice, il est défendu au solitaire de rompre le silence.»
Après qu'il eut écouté ces paroles des monobites à l'âme contemplative, Râma se tint là debout, six nuits, gardant avec Lakshmana le sacrifice de l'anachorète, l'arc en main, sans dormir et sans faire un mouvement, immobile, comme un tronc d'arbre, impatient de voir la nuée des rakshasas abattre son vol sur l'ermitage.
Ensuite, quand le cours du temps eut amené le sixième jour, ces fidèles observateurs des vœux, les magnanimes anachorètes dressèrent l'autel sur sa base.—Déjà, accompagné des hymnes, arrosé de beurre clarifié, le sacrifice était célébré suivant les rites; déjà la flamme se développait sur l'autel, où priait le contemplateur d'une âme attentive, quand soudain éclata dans l'air un bruit immense et tel que l'on entend le sombre nuage tonner au sein des cieux dans la saison des pluies.
Alors, voici que se précipitent dans l'ermitage, et Mârîtcha, et Soubâhou, et les serviteurs de ces deux rakshasas, déployant toute la puissance de leur magie.
Aussitôt que, de ses yeux beaux comme des lotus, Râma les vit accourir, faisant pleuvoir un torrent de sang: «Vois, Lakshmana, dit-il à son frère, vois Mârîtcha, qui vient, suivi de son cortége, avec sa voix de bruyant tonnerre, et Soubâhou, le rôdeur nocturne. Regarde bien! ces Démons noirs, comme deux montagnes de collyre, vont disparaître à l'instant même devant moi, tels que deux nuages au souffle du vent!»
À ces mots, l'habile archer tira de son carquois la flèche nommée le Trait-de-l'homme, et, sans être poussé d'une très-vive colère, il décocha le dard en pleine poitrine de Mârîtcha.