Emporté jusqu'au front de l'Océan par l'impétuosité de cette flèche, Mârîtcha y tomba comme une montagne, les membres agités par le tremblement de l'épouvante.

Ensuite, le rejeton vaillant de Raghou choisit dans son carquois le dard nommé la Flèche-du-feu; il envoya ce trait céleste dans la poitrine de Soubâhou, et le rakshasa frappé tomba mort sur la terre.

Puis, s'armant avec la Flèche-du-vent et mettant le comble à la joie des solitaires, le descendant illustre de Raghou immola même tous les autres Démons. Après ce carnage, Viçvâmitra avec toute la communauté des anachorètes, s'approcha du jeune guerrier, et lui décerna les honneurs, les félicitations, les présents, que méritait sa victoire:

«Je suis content, guerrier aux longs bras: tu as bien observé la parole de moi, ton maître; en effet, cet Ermitage-Parfait est devenu, grâce à toi, plus parfait encore.


Leur mission accomplie, Râma et Lakshmana passèrent encore là cette nuit, honorés des anachorètes et l'âme joyeuse. À l'heure où la nuit s'éclaire aux premières lueurs de l'aube, et quand ils eurent vaqué aux dévotions du matin, les deux héros petits-neveux de Raghou allèrent s'incliner devant Viçvâmitra et devant les autres solitaires; puis, les ayant tous salués avec lui, ces princes, doués d'une immortelle splendeur, lui tinrent ce discours à la fois noble et doux:

«Ces deux guerriers, qui se tiennent devant toi, ô le plus éminent des anachorètes, sont tes serviteurs; commande-nous à ton gré: que veux-tu que nous fassions encore?»

À ce discours, les ermites, riches de mortifications, à qui ces deux frères l'avaient adressé, laissent parler Viçvâmitra, et rendent par lui cette réponse au vaillant Râma:

«Djanaka, le roi de Mithila, doit bientôt célébrer, ô le plus vertueux des Raghouides, un sacrifice très-grand et très-saint: nous irons certainement.—Toi-même, ô le plus éminent des hommes, tu viendras avec nous: tu es digne de voir là cet arc fameux, qui est une grande merveille et la perle des arcs.

«Jadis, Indra et les Dieux ont donné au roi de Mithila cet arc géant, comme un dépôt, au temps que la guerre fut terminée entre eux et les Démons. Ni les Dieux, ni les Gandharvas, ni les Yakshas, ni les Nâgas, ni les Rakshasas ne sont capables de bander cet arc: combien moins, nous autres hommes, ne le saurions-nous faire!»