Le monarque, accompagné de sa tristesse, dit alors ces paroles: «Que l'on me conduise au plus tôt dans l'appartement de Kâauçalyâ, mère de mon fils Râma!»

À ces mots, ceux qui avaient la surveillance des portes mènent le roi dans la chambre de Kâauçalyâ; et là, à peine entré, il monta sur la couche, où la douleur agita son âme. Là encore il se lamenta pitoyablement à haute voix, désolé, torturé de chagrin et levant ses bras au ciel: «Hélas! disait-il; hélas! enfant de Raghou, tu m'abandonnes!... Heureux vivront alors ces hommes favorisés, qui te verront, mon fils, revenu des bois, à la fin du temps fixé par ton arrêt! mais, hélas! moi, je ne te verrai pas!...

«Bonne Kâauçalyâ, touche-moi de ta main; car ma vue a suivi Râma, et n'est pas revenue encore à l'instant même.»

La reine jeta les yeux sur le monarque, abattu dans ce lit, d'où sa pensée ne cessait de suivre son bien-aimé Râma: elle entra dans cette couche, près de son époux, elle, de qui la douleur avait tourmenté les formes, et, poussant de longs soupirs, elle éclata en lamentations d'une manière pitoyable.


Les hommes les plus affectionnés à Râma suivirent ce héros, qui, magnanime et fort comme la vérité, s'avançait vers les bois qu'il devait habiter. Quand le monarque tout-puissant retourna sur ses pas avec la foule de ses amis, ceux-là n'étaient point revenus; ils continuèrent d'accompagner Râma dans sa route.

Râma, le devoir en personne, promenant sur eux ses regards et buvant de ses yeux, pour ainsi dire, l'amour de ces fidèles sujets, Râma leur tint ce langage, comme si tous ils eussent été ses propres fils: «Faites maintenant reposer entièrement sur la tête de Bharata, pour l'amour de moi, habitants d'Ayodhyâ, l'attachement et l'estime que vous avez mis en ma personne. Dans un âge où l'on est encore enfant, il est avancé dans la science; il est toujours aimable à ses amis, il est plein de courage, il est audacieux même, et cependant sa bouche n'a pour tous que des mots agréables.»

Ces peuples des villes et des campagnes, malheureux et baignés de larmes, Râma, avec le fils de Soumitrâ, les entraînait derrière lui, enchaînés par ses vertus.

Ensuite le noble prince, ayant décidé qu'on ferait une halte sur le rivage de la Tamasâ, porta ses regards sur la rivière et dit ces paroles au fils de Soumitrâ: «Voici près d'arriver, mon beau Lakshmana, la première nuit de notre habitation au milieu des forêts. Que la félicité descende sur toi! Ne veuille pas te désoler! Vois! partout les forêts vides pleurent, pour ainsi dire, abandonnées par les oiseaux et les gazelles, retirés dans leurs noires demeures. Fils de Soumitrâ, demeurons cette nuit où nous sommes avec ceux qui nous suivent. En effet, ce lieu-ci me plaît dans ses différentes espèces de fruits sauvages.»

Après ces mots adressés au Soumitride, le noble exilé dit à Soumantra même: «Soigne tes chevaux, mon ami, sans rien négliger.»