Là, quand ils ont réuni et lié ensemble des bois et des bambous nés sur le rivage, Râma lui-même prend alors Sîtâ dans ses bras et porte doucement sur le radeau cette chère enfant, tremblante comme une liane. Elle une fois placée, Râma et son frère montent dans la frêle embarcation.

Ce fut donc avec ce radeau qu'ils traversèrent l'Yamounâ, cette rivière, fille du soleil, aux flots rapides, aux guirlandes de vagues, aux bords inaccessibles par la masse épaisse des arbres enfants de ses rivages.

Ils se remettent dans la route du Tchitrakoûta, bien résolus d'y fixer leur habitation; ils s'avancent, pleins de vigueur et d'agilité, en hommes de qui les vues sont arrêtées.

Peu de temps après, les voici qui entrent dans le bois du Tchitrakoûta aux arbres variés, et Râma tient ce langage à Sîtâ: «Sîtâ, ma belle aux grands yeux, vois-tu, à la fin de la saison froide, ces kinçoukas déjà fleuris et comme en feu, près du fleuve, dont ils ceignent le front d'une guirlande? Vois encore, le long de la Mandâkinî, cette forêt de karnikâras, tout illuminée de ses fleurs splendides, flamboyantes et comme de l'or! Vois ces bhallâtakas, ces vilvas, ces arbres à pain, ces plaqueminiers et tous ces autres, dont les branches pendent sous le poids des fruits. Il nous est possible, femme à la taille svelte, il nous est possible de vivre ici avec des fruits: oh! bonheur! nous voici donc arrivés à ce mont Tchitrakoûta, semblable au paradis!

«Vois, ma belle chérie, vois comme, sur les bords de la Mandâkinî, la nature, au pied de chaque arbre, nous a jonché des lits brodés avec une multitude de fleurs!»

Tandis qu'ils observaient ainsi les ravissants aspects du fleuve Mandâkinî, ils arrivèrent au mont Tchitrakoûta, ombragé par une variété infinie d'arbres en fleurs. À son pied solitaire, environné d'eaux limpides, Râma et Lakshmana, les deux héroïques frères, se construisent un ermitage.

Ils vont chercher au milieu du bois suave comme un jardin et rapportent de fortes branches, cassées par les éléphants. Fichées dans la terre et rattachées l'une à l'autre avec des lianes épandues, qui remplissent tous les intervalles, elles se forment bientôt sous leurs mains en deux huttes séparées. Ils couvrent le toit avec les feuilles nombreuses des arbres. Lakshmana ensuite nettoie les deux cases terminées; et la Vidéhaine à la taille charmante les enduit elle-même d'argile. Alors, voyant son ermitage édifié, Râma dit à Lakshmana:

«Apporte une gazelle, fils de Soumitrâ, et fais-la cuire, sans tarder: je veux honorer les Dieux de l'ermitage avec ce banquet sacré.»

À ces paroles de son frère, Lakshmana s'en fut tuer une gazelle noire, la rapporta du bois, alluma du feu et fit cuire son gibier parfaitement.

Ensuite Râma lui-même s'assit avec Lakshmana, son frère, et tous deux se mirent à manger sur un plat net et pur, qu'ils se firent avec des feuilles verdoyantes le reste des choses offertes en sacrifice. Sîtâ avait elle-même servi les mets devant son époux et son beau-frère; puis, s'étant retirée seule à part, elle revint enlever ce qui restait du festin. Dès ce moment, Râma goûta délicieusement avec Lakshmana les charmes de l'habitation, qu'il était venu demander à cette montagne sourcilleuse, embellie par les guirlandes et les bouquets de fleurs les plus variées, au milieu desquelles gazouillait un nombre infini d'oiseaux de toutes les espèces.