Tandis qu'ils s'amusaient ainsi dans le délicieux ermitage de l'anachorète, comme les Immortels dans les bocages du Nandana, cette nuit s'écoula tout entière. Aussitôt, et les rivières, et les Gandharvas, et les nymphes célestes prirent congé de Bharadwâdja et s'en retournèrent tous comme ils étaient venus.


Quand Bharata eut passé là-même cette nuit avec sa suite, il vint trouver Bharadwâdja au moment opportun et s'inclina devant l'anachorète, qui lui avait donné l'hospitalité. Le rishi, qui venait de verser dans son feu sacré les oblations du matin, ayant vu Bharata, qui se tenait devant lui ses mains jointes, adressa les paroles suivantes à ce jeune tigre des hommes: «Cette nuit s'est-elle écoulée, mon fils, doucement ici pour toi? Ton peuple est-il entièrement satisfait de mon hospitalité? Dis-le moi, jeune homme pur de tout péché.»

Au saint, qui était sorti de son ermitage dans le nimbe de son éclat suprême, Bharata, les deux paumes de ses mains réunies et le corps incliné, répondit en ces termes:

«Mon séjour ici fut agréable, saint anachorète, ce qu'il fut aussi pour mes conseillers, mon armée et mes chars: tu nous as pleinement rassasiés, bienheureux solitaire, de toutes les choses que l'on peut désirer. Je t'offre mes adieux; donne-moi congé, s'il te plaît, saint anachorète; je vais aller près de mon frère: daigne jeter sur moi un regard favorable. Dis-moi, bienheureux, ô toi, versé dans la science de la justice, quel chemin doit me conduire à l'ermitage de ce magnanime observateur de son devoir.»

À ces questions du magnanime Bharata, le sage et grand saint lui répondit en ces termes: «À trois yodjanas augmentés d'une moitié s'élève, ami Bharata, dans la forêt solitaire, le mont Tchitrakoûta, plein de grottes délicieuses et de murmurantes cascades.

«Son flanc septentrional est baigné par les eaux de la Mandâkinî, aux rives couvertes d'arbres en fleurs et peuplées d'oiseaux divers. Entre cette rivière et cette montagne, tu verras, bien défendue par elles deux, une chaumière au toit de feuillage. C'est là, ai-je entendu raconter, qu'il habite avec Sîtâ, son épouse, un riant ermitage construit dans ce lieu solitaire, de ses propres mains jointes aux mains de Lakshmana.»

Apprenant qu'on allait partir, les épouses du roi des rois descendirent aussitôt de leurs chars et décrivirent un pradakshina autour du brahmane digne de tous hommages. Kâauçalyâ tremblante, amaigrie, accablée de tristesse, prit dans ses deux mains les deux pieds de l'anachorète. En butte au mépris du monde entier pour son ambition échouée, Kêkéyî, le front couvert de rougeur, embrassa même les pieds du solitaire.

Après qu'il eut marché une longue route avec ses coursiers infatigables, l'intelligent Bharata dit à Çatroughna, le docile exécuteur de ses commandements: «Les apparences de ces lieux ressemblent parfaitement au récit qu'on m'en a fait: sans aucun doute, nous voici maintenant arrivés dans le pays dont Bharadwâdja nous a parlé. Ce fleuve, c'est la Mandâkinî; cette montagne, le Tchitrakoûta.

«Les arbres inondent les cimes aplanies de la montagne avec une variété infinie de fleurs, tels qu'on voit les sombres nuages, enfants des vapeurs chaudes, verser des pluies à la fin d'un été.