Tels que les nuages couvrent le ciel au temps où la saison brûlante a disparu, tels ces divers projectiles acérés le voilaient de ténèbres, sillonnées par la flamme des éclairs.

Tous deux, armés des arcs les plus grands, tous deux versés dans l'art des combats, tous deux les plus adroits entre ceux qui savent lancer une arme de jet, tous deux ils se livrèrent un combat furieux. L'un et l'autre semblaient un océan, qui fait rouler des vagues de flèches comme des flots épouvantables, battus par le souffle du vent sur deux mers ennemies.

Enfin Râvana, d'une main vigoureuse, planta un bouquet de flèches de fer dans le front du vaillant Daçarathide. Mais celui-ci, portant sur sa tête comme une guirlande faite de lotus azurés, cette hideuse couronne lancée d'un arc terrible, n'en ressentit aucune émotion. Ensuite, récitant à voix basse la mystique formule qui a la vertu d'envoyer le trait de Çiva, le Raghouide, saisi de colère, encoche des flèches à son arc. Alors ce héros à la vive splendeur tire à soi le nerf de sa corde et lance à Râvana dans le combat ses flèches, pareilles à la flamme du feu. Mais, décochés par la main vigoureuse du Raghouide, ces dards tombent sur la cuirasse imbrisable du monarque des Yâtavas, sans lui faire de blessure.

De nouveau, Râma à la grande vigueur envoya un second trait, celui des Gandharvas mêmes, frapper le tyran, debout sur son beau char. Mais le démon arrête ces dards, qui soudain, quittant leurs formes de flèches, entrent dans la terre en sifflant, comme des serpents à cinq têtes.

Quand Râvana, plein de colère, eut vaincu le trait du Raghouide, il en choisit lui-même un autre, bien fait pour inspirer une insurmontable épouvante, celui des Asouras. Irrité et soufflant comme un serpent, le monarque à la vive splendeur lance à Râma des flèches terminées en muffles de tigres et de lions, en becs de hérons et de corbeaux: celles-ci ont une tête flamboyante de vautour; celles-là un museau de chacal; les unes ont des gueules de loup; les autres des hures de sanglier; il en est avec des bouches effroyablement béantes; en voici d'autres qui ont chacune cinq têtes, altérées de sang à lécher: tels sont les dards aigus et d'autres encore non moins terribles, que Râvana déchaîne contre son ennemi par la vertu de ses enchantements.

Assailli dans le combat par les traits des Asouras, le Raghouide à la grande énergie riposte avec le trait du feu, arme céleste et souveraine. Il décoche maintes flèches différentes: celles-ci ont une face toute flamboyante de feu et ressemblent au soleil ou à la foudre; celles-là ont des langues pareilles à des éclairs; les unes ont pour chef une étoile ou une planète; les autres ont pour tête une lune, soit pleine, soit demi-pleine: telles ont pour fer un grand météore igné, telles autres sont à l'image d'une comète. Le trait du Raghouide ayant rompu le charme, les dards formidables de Râvana s'évanouissent alors par milliers au sein des airs: et les singes, habiles à revêtir les formes qu'ils veulent, de pousser à l'envi un cri de joie, en voyant s'évaporer ces armes dont Râma aux travaux infatigables a brisé la vertu.


Quand Râvana vit que le trait de son rival avait anéanti son trait, son courroux augmenta et devint sur-le-champ deux fois ce qu'était auparavant sa colère. Le monarque à la grande vigueur se mit donc à lancer contre ce noble fils de Raghou le trait épouvantable de Çiva, que lui avait composé Maga le magicien. Alors on voit partir en masse de son arc, et les harpons, et les massues, et les moushalas enflammés, au tranchant de tonnerre. On en voit sortir, impétueux et divers, les marteaux de guerre, les maillets d'armes, les cimeterres et les foudres allumées, comme les vents sortent des nuages à la retraite de l'hiver.

Mais soudain, le plus habile entre ceux qui savent lancer une flèche, le Raghouide à la splendeur éclatante, de frapper le trait de Râvana avec un trait supérieur, celui des Gandharvas. À la vue de son trait vaincu par le magnanime Râma, le monarque tout flamboyant de lumière en décocha un autre, le Piçâtchide. Aussitôt les tchakras vastes, embrasés, à la fougue épouvantable, s'envolent de l'arc du Rakshasa aux dix têtes. Le ciel était rempli de ces armes ignées, qui se ruaient toutes à la fois: on aurait dit que le soleil, la lune et les planètes tombaient des mondes du Swarga.

Mais soudain Râma de trancher à la face des armées ces disques terribles et les armes diverses que lui adresse le vigoureux Démon. À peine eut-il vu surmonter la puissance de son trait, le monarque des Yâtavas blessa le Raghouide avec dix flèches dans tous les membres. Cruellement percé de ces dards aigus en tout le corps, ce guerrier d'une céleste vigueur n'en fut pas même ébranlé quelque peu. Sa colère en fut excitée au plus haut point, et ce héros, accoutumé à vaincre dans les batailles, ficha des traits aigus dans tous les membres du terrible Démon.