«Place ma tête sur cette froide tête, unis mon corps à son corps: je suivrai dans sa route mon époux magnanime!»

Ainsi la fille du roi Djanaka gémissait, consumée par sa douleur, et contemplait avec ses yeux troubles ce qu'elle croyait l'arc et la tête de son époux. Mais, tandis qu'elle se lamente de cette manière, voici venir le général des armées, les mains réunies en coupe, désirant parler au puissant monarque. Dans le même instant, l'âme troublée de ce qu'il venait d'apprendre, le portier du palais courut annoncer au noctivague souverain la nouvelle effrayante et malheureuse, que le général apportait à son maître. «Triomphe, dit-il, fils d'une noble race!» Puis, après qu'il se fut incliné sur la terre, il raconta d'un air stupéfait la chose à l'Indra même des Rakshasas: «Prahasta est arrivé avec tous les conseillers; il désire t'informer d'une affaire un peu fâcheuse, qui nous est survenue.»

À ces mots, le puissant monarque sortit avec empressement, et vit Prahasta, qui attendait non loin, accompagné des ministres. Mais à peine fut-il sorti, vivement ému, que la tête feinte s'évanouit et que l'arc gigantesque disparut avec elle.

Ayant su que Sîtâ était comme aliénée par sa douleur, une Rakshasî, nommé Saramâ, s'approcha de la Vidéhaine pour la consoler. Car, pleine de compassion et ferme dans ses vœux, elle s'était prise d'affection pour Sîtâ et lui adressait toujours des paroles aimables. Elle vit donc alors Sîtâ, l'âme pénétrée de chagrin, assise et souillée de poussière, comme une cavale qui s'est roulée dans la poudre.

Quand elle vit sa chère amie dans une telle situation, Saramâ, cherchant à la consoler, lui dit ces mots d'une voix émue par l'amitié: «Djanakide aux grands yeux, ne plonge pas ton âme dans ce trouble. Il est impossible qu'on ait surpris dans le sommeil ce Râma, qui a la science de son âme. La mort ne trouve même aucune prise dans ce tigre des hommes. On ne peut tuer les héros quadrumanes, qui ont pour armes de grands arbres et que Râma défend, comme le roi des Immortels défend les Dieux. Tu es fascinée par une illusion, ouvrage d'un terrible enchanteur. Bannis ton chagrin, Sîtâ! la félicité va renaître pour toi!»

Tandis que la bonne Rakshasî parlait de cette manière avec Sîtâ, elle entendit un bruit épouvantable d'armées qui en venaient aux mains; et, quand elle eut distingué le bruit des tymbales frappées à grands coups de baguette, Saramâ dit ces mots à Sîtâ d'une voix douce:

«Écoute! la tymbale effrayante, qui fait courir le brave à ses armes et qui fend le cœur du lâche, envoie dans les airs un son profond comme le bruit des nuées orageuses. Voici qu'on met le harnais aux éléphants déjà enivrés pour les combats; voici qu'on attelle aux chars les coursiers; on entend çà et là courir les fantassins, qui ont vite endossé la cuirasse, de toutes parts toute la rue royale est encombrée d'armées, comme la mer de grands flots impétueux à la fougue indomptable.

«Cette épouvante des Rakshasas, belle aux yeux charmants comme les pétales du lotus, c'est Râma qui l'inspire, tel que le Dieu, armé de sa foudre sème la terreur chez les Daîtyas. Bientôt, sa colère éteinte dans le sang de Râvana, ton époux, d'une bravoure inconcevable, viendra te reprendre ici comme le prix de sa conquête!»


De même que le ciel, en versant la pluie, redonne la joie à la terre; de même la bienveillante Yâtoudhânî remit dans la joie avec un tel discours cette âme égarée, où il était né un cuisant chagrin. Ensuite, cette bonne amie, qui désirait procurer le bien de son amie, lui tint ce langage à propos, elle qui savait les moments opportuns, et, débutant par mettre un sourire en avant de ses paroles: «Je puis m'en aller vers ton Râma, dit-elle, et revenir sans qu'on le sache, belle aux yeux noirs, après que je lui aurai fait part de tous ces discours.»