L'une d'elles ne réunit pas moins de quarante-deux chasseurs alpins, tués par un même obus, lancé traîtreusement, par une nuit obscure de décembre, dans la nef latérale de l'église.

L'on pénètre sous la tour par une haute porte en ogive. Les nervures de la voûte, qui forment un narthex, où débouchent l'escalier de la tour et la logette du baptistaire, s'amortissent sur des culs-de-lampe ornés de têtes naïves. L'une, un jeune homme imberbe aux cheveux bouclés, est d'un style excellent qui rappelle celui de ces admirables talons de poutres du XVe siècle, provenant d'Ypres, que l'on pouvait voir à l'Exposition d'art ancien, à Gand, en 1913.

Le narthex s'ouvre directement sur l'église par un arc élevé, barré par le jubé et les orgues datant du XVIIIe siècle.

Le vaisseau, accosté de bas côtés étroits, se prolonge en trois nefs égales, plus hautes et plus claires, débordant latéralement, à la façon d'un transept. Il se produit ainsi une alternance de pénombre et de lumière plus saisissante encore dans l'état actuel de délabrement de l'église.

Les arcs des travées sont supportés par des colonnes de pierre, massives, aux chapiteaux frustes d'un galbe écrasé, qui en font remonter la construction au XIVe siècle.

Les voûtes sont en bois apparent, portées par des corbeaux naïvement historiés. Tandis que les nefs latérales se terminent carrément, à la nef centrale s'ajoute une abside polygonale, entre les deux sacristies.

A l'obus fatal de Décembre, qui éventra la nef de droite et renversa l'un des piliers, en ont succédé d'autres, crevant la toiture, faisant éclater les vitraux, arrachant des murailles les boiseries et les confessionnaux.

Tout cela formait un fouillis pathétique sur le dallage jonché d'une paille souillée du sang des victimes et des débris de leurs équipements... Seule la petite chaire de vérité, sauvée depuis de désastres futurs, se dressait comme un défi ironique à la barbarie teutonne, la chaire d'où si souvent étaient tombées des paroles de paix et de fraternité universelle...

En dépit des restaurateurs qui n'avaient pas manqué de peinturlurer les voûtes et d'orner le chœur d'un autel de style néo-gothique et de quelques abominables statues polychromes, la nef avait gardé ce caractère si sympathique des vieilles églises des Flandres.

La tourmente du XVIe siècle, dont les horreurs pâlissent à coté de celles de la guerre actuelle, avait dépouillé celles-ci de la plupart de leurs ornements et de leur mobilier. Il fallut bien les remplacer et les générations qui suivirent s'employèrent, de leur mieux, à rendre aux temples leur splendeur primitive.