Dans la plaine, parmi les ruines nombreuses, on trouve un bâtiment en pierre, de forme octogonale, surmonté d'un dôme en parenthèse, avec un diamètre intérieur de 12 mètres, chaque face mesurant 6 mètres. On le connaît sous le nom de Djabalia, et c'est à peu près le seul bâtiment en pierre de Kirman. Les Persans croient fermement que c'est là le «Dôme des Gabrs». On a dit aussi que c'était la tombe de Seid-Mohammed-Tabachiri, mais cela est contesté. Au sud, tout près de la petite chaîne nue de calcaire, est un groupe de constructions en pisé, connues sous le nom de Tandarustan, et qui sont fréquentées en partie par des disciples de Zoroastre, en partie par des musulmans. On y expose des offrandes de viandes, et si les péris ou bonnes divinités les mangent, le vœu qu'on forme en même temps sera accompli. C'est peut-être la survivance corrompue de l'usage parsi de faire des offrandes aux morts.

En se dirigeant à l'ouest, on approche du Bagh-i-Zirisf, le terrain de plaisance de Kirman. Il consiste en un certain nombre de jardins, et couvre une superficie d'environ 250 hectares. Au delà, on atteint de nouveau les anciennes murailles de la ville, et, en les longeant, on arrive au quartier zoroastrien moderne. Plus loin, au nord, est leur ancien faubourg, détruit par les Afghans, et dont la principale ruine est connue sous le nom de Khana Farang, ou «Maison Européenne». Immédiatement en dehors des murs est le champ de courses, qui a environ 800 mètres de longueur.

La ville actuelle de Kirman est entourée d'une muraille en bon état, qui est percée de six portes, dont l'une, connue sous le nom de Sultani, est censée avoir été l'œuvre de Chah-Rouk. La forme est irrégulière, son diamètre étant exactement d'un mille anglais (1 609 mètres) de l'est à l'ouest, et un peu plus du nord au sud. Elle est divisée en cinq quartiers, portant les noms de Chahr, Khodja-Khizr, Koutbabad, Meidan-i-Kala, Chah-Actil. On peut y ajouter les trois quartiers extra-muraux de Gabri, Mahouni, You-Mouidi.

Touchant aux murs de l'ouest est l'Arche ou Fort, où réside le gouverneur général. On y trouve aussi le bureau du Télégraphe, les casernes et l'Arsenal. Ces bâtiments sont, pour la plupart, de construction moderne; ils sont beaux et en bon état. Un grand jardin entoure les appartements particuliers de Son Excellence.

Les mosquées ne sont pas sans intérêt. La plus ancienne est la Masdjid-i-Malik. Elle fut fondée par le Seldjoucide Malik-Touran-Chah, qui régna de 1084 à 1096. L'historien Mohamed Ibrahim, qui vivait au XVIe siècle, dit qu'il la vit debout, mais en ruines. Depuis lors, elle a été reconstruite; elle couvre un vaste espace, mais on ne peut dire qu'elle soit belle.

On peut encore mentionner, parmi les quatre-vingt-dix mosquées de Kirman, la Masdjid Djami, ou Masdjid Mouzaffar, construite en 1349, et la Masdjid-i-Pa-Minas, construite en 1390. Parmi les six madarsi (pluriel de médressé) la plus belle est celle qui fut fondée par le Zahis-u-Dola. Il y a encore dans la ville cinquante bains et huit caravansérails.

Jusqu'en 1896, année où il fut détruit par un tremblement de terre, le plus notable des édifices de Kirman était le Kouba Sabz, ou Dôme Vert. C'était la tombe de la dynastie des Kara Khites, et elle faisait partie de la médressé de Turkabad. La Kouba était un curieux bâtiment cylindrique, d'à peu près 16 mètres de haut, avec des mosaïques d'un bleu verdâtre, le dallage intérieur montrant des vestiges d'une riche dorure.

Non loin est une pierre, sculptée d'une façon exquise, avec des versets du Coran en caractères koufiques et nachk, insérés dans la muraille d'un bâtiment carré et recouvert d'un dôme, orné dans le même style que la Kouba Sabz. Une voûte au-dessous montre évidemment que c'était une tombe; mais la seule information que je pus obtenir à ce sujet à Kirman, c'est qu'elle est connue sous le nom de Khodja-Atabeg, ou Sang-i-Atabeg.

Kirman, que, dans la phraséologie orientale, on nomme Das-ul-Aman, ou «demeure de la Paix», peut avoir, avec ses faubourgs, une population d'un peu moins de 50 000 habitants. Au point de vue religieux, elle est ainsi répartie entre les diverses sectes: Musulmans chiites, 37 000; Musulmans sunnites, 70; Babis Behai, 3 000; Babis Ezeli, 60; Cheikhis, 6 000; Soufis, 1 200; Juifs, 70; Zoroastriens ou Parsis, 1 700; Hindous, 20.

Les Babis, disciples de Mirza-Ali-Mohammed, de Chiraz, exécuté en 1848, font, en secret, beaucoup de prosélytes. Ils ont des principes élevés: ils veulent des relations amicales entre tous les hommes, l'abolition des guerres religieuses, l'étude des sciences utiles, etc. L'expansion des doctrines du Bab pourrait aider puissamment à la régénération de la Perse. Les Babis se sont divisés en Ezeli ou Behai, selon qu'ils suivent les doctrines de Mirza-Yahya, Sub-i-Ezel, successeur désigné par le Bab lui-même, ou celles de Mirza-Husein-Ali, Beha-Ulla, son frère aîné, qui se déclara chef de la secte en 1866.