Le débarquement ne s'opéra pas sans quelque difficulté, au moyen d'une barque ou baggala indigène. Quand nous fûmes débarqués, nous transportâmes tous nos impedimenta au prochain bureau de télégraphe.

Avant de raconter notre voyage, quelques notes sur la province où nous venions d'entrer ne seront pas inutiles. Baloutchistan est le nom, généralement admis, d'une région vaste, mais faiblement peuplée, et partagée entre la Grande-Bretagne et la Perse. Cette province déserte correspond approximativement à la dix-septième satrapie de Darius, mentionnée par Hérodote. Le grand roi envahit le Hapta Sindou ou Pendjab, probablement par la route du Baloutchistan, tandis qu'une flotte commandée par l'amiral grec Scylax descendait l'Indus, et, sans s'effrayer des marées, explorait les rives de la Gédrosie et de l'Arabie. Cette expédition eut lieu en 512 avant Jésus-Christ, et, dans un certain sens, elle diminue la gloire d'Alexandre, qui sans doute ignorait que des Grecs eussent déjà navigué dans la mer Érythrée,—à supposer qu'ils l'aient fait, ce qui n'est pas prouvé.

Au temps d'Alexandre, la côte du Makran était connue comme le pays des Ichthyophages, et l'intérieur s'appelait Gédrosie. Sir Thomas Holdich voit dans le mot Makran, une contraction des deux mots persans Mahi et Khouran, qui forment l'exact équivalent d'Ichthyophages. Mais je crois que le mot est beaucoup plus ancien, et je suggérerais l'étymologie suivante. Les assyriologues diffèrent sur le point de savoir si le nom de Magan désigne la péninsule sinaïtique ou la côte d'Arabie, derrière les îles Bahreïn et y compris l'Oman; en tout cas, nous avons le Maka des inscriptions, forme qui se retrouve peu altérée dans les Mykians ou Mekians d'Hérodote. Or, le Makran était particulièrement connu pour ses mangliers et ses marais, le pays étant semblable à la côte voisine qu'on appelle le Ran de Katch, mot provenant du sanscrit aranya ou irina, et signifiant un désert ou un marais. N'est-il donc pas admissible que l'origine de ce mot fort discutée soit Maka irina, ce qui signifie «le désert de Maka»? Dans le Sind, la prononciation moderne est Makaran, exactement la forme que devaient prendre ces deux mots réunis.

Physiquement, le Makran s'étend jusqu'à la première chaîne importante, formant faîte de partage. Jusqu'à une trentaine de kilomètres du littoral, on trouve une plaine sablonneuse, parcourue par plusieurs cours d'eau, et en maint endroit recouverte de tamaris. Sauf après la pluie, la plupart de ces rivières ne coulent qu'en partie à la surface du sol. Leur cours devient ensuite souterrain, ce qui a l'avantage de soustraire leurs eaux à l'évaporation. Ce district devrait être moins pauvre qu'il n'est, car le sol est bon et suffisamment arrosé, et l'on y trouve d'excellents pâturages pour les chameaux. Derrière s'étend une zone de collines d'argile, basses et arrondies, auxquelles succèdent de rugueuses chaînes calcaires, dont les crêtes forment le faîte de partage du Makran.

Sir Thomas Haldich décrit ce paysage en termes excellents dans son volume The Indian Borderland: «Une suite monotone et sans vie d'épines dorsales d'argile laminées, disposées en scie comme les vertèbres d'une baleine, se dressant au-dessus des lignes plus douces de collines de boue, qui s'inclinent des deux côtés, jusqu'à l'endroit où un petit rebord de sel indique une ligne de drainage dans laquelle l'eau suinte; et un petit décor flétri de tamaris aux teintes neutres, reflétant les tiges jaunes des herbes oubliées de l'année précédente,—tel était l'aspect sylvestre d'un paysage que nous avions trop souvent sous les yeux.»

Les pontes nord de la chaîne calcaire plongent dans les rivières de Bampour et de Mechkil, qui n'arrivent à la mer ni l'une ni l'autre. Au nord-ouest, le Lout s'étend jusqu'à la rivière de Bampour, tandis qu'à l'est de la plaine de Fahradj, les chaînes des montagnes persanes qui allaient du nord-ouest au sud-est, prennent la direction est-ouest qui est si caractéristique dans le Baloutchistan du sud, et qui explique en partie l'état arriéré de cette région, en rendant de la côte son accès très difficile. Plus au nord, enfin, est situé le district de Sarhad, où deux chaînes dirigées parallèlement vers le nord-ouest, séparent cette région élevée du Lout à l'ouest et du désert de Kharan également bas à l'est.

CARTE DU MAKRAN.

La zone centrale du Baloutchistan est très montagneuse, mais elle possède des ressources en eau qui ont été peu utilisées jusqu'ici, et une étendue presque illimitée de maigres pâturages. La rivière Bampour, moyennant une faible dépense pour les travaux d'irrigation, nourrirait facilement une population considérable.