Le Sarhad, qui était encore il y a quelques années un vrai nid de brigands, et qui n'est guère autre chose aujourd'hui, a de grandes ressources latentes avec ses hautes plaines allant jusqu'au Kouh-i-Taftan. Cependant le district est presque dépourvu de population, bien que le creusement des kanats ait déjà eu certains résultats et qu'on retrouve dans le pays beaucoup de vestiges d'anciennes cultures. L'ouverture de la ligne de Quetta au Seistan aura un effet lent, mais sûr: le Gouvernement anglais ne peut plus être, comme par le passé, indifférent aux razzias; d'ailleurs, la Perse y met elle-même bon ordre, et les razzias ne sont plus ce qu'elles étaient tout récemment encore, quand les Baloutches tuaient tous ceux qu'ils faisaient prisonniers, ou, exceptionnellement, les retenaient en esclavage et les mutilaient pour leur ôter l'envie de retourner chez eux.

BALOUTCHES DE PIP, VILLAGE DE DEUX CENTS MAISONS GROUPÉES AUTOUR D'UN FORT (page [334]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Nous ne savons rien de certain sur l'origine des Baloutches, car ils n'ont pas de livres anciens, sont très ignorants et en sont fiers, comme l'étaient les barons du moyen âge. Sir Henry Pottinger leur attribue une origine turkomane; mais, d'après le professeur Rawlinson, le mot Baloutche est dérivé du nom de Belus, roi de Babylone, qu'on identifie au Nemrod fils du Kouch de l'Écriture. Le mot kouch peut être l'origine de celui de kedg et peut-être de kach. À l'époque des Sassanides, le Baloutchistan était connu sous le nom de Koussoun, qui est peut-être une forme de kouch. Dans le Chah Nameh de Firdousi, les Baloutches sont mentionnés comme une tribu fixée dans le Ghilan, sous le règne de Nochirwan. De là, ils ont dû émigrer dans le Baloutchistan, par le Seistan. Très probablement ils sont de race aryenne, mais la race a été altérée par le croisement avec des immigrants arabes fuyant les persécutions qui suivirent la mort d'Hussein. Les chefs se réclament d'ancêtres arabes, et ils paraissent appartenir à une race différente de celle des paysans. Les Brahouis, qui forment un autre élément de la population, ont un type très distinct: ils sont petits, ramassés et ont la figure ronde, tandis que les Baloutches sont grands et élancés, avec de longues figures. Les Brahouis parlent une langue parente du tamoul et doivent être d'origine dravidienne.

Il est très important de noter que plusieurs milliers de Baloutches vivent en dehors du Baloutchistan; on les trouve jusque dans les provinces frontières de l'Inde.

Les seules ruines préislamiques que j'aie rencontrées sont les Gorbasta ou «barrages d'infidèles», qu'on a comparées aux murs cyclopéens de la Grèce. Ils sont généralement construits à l'embouchure d'un défilé, et ils avaient pour but de retenir l'eau pour l'irrigation. Dans quelques cas, on les trouve sur des pentes, et, dans le Baloutchistan oriental, il y avait probablement une nombreuse population dépendant de ces barrages, œuvres probablement des Baloutches et des Kouchs.

Mais le colonel Mockler, voyageant à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Gwadour, a exhumé quelques anciennes constructions en briques, et a vu également des barrages en pierre. Il a découvert aussi des os, des poteries, des couteaux de pierre. Dans d'autres parties du Makran, il a trouvé des maisons en pierre, probablement des tombes, appelées localement damba-koah. Mais il ne tire aucune conclusion précise de ces découvertes, non plus que des fouilles exécutées à Bahreïn, et où des tombes en pierre ont également été exhumées.

Le Baloutchistan fut tributaire de l'ancienne monarchie persane. Il est certain qu'Alexandre le Grand le traversa de l'est à l'ouest, puis on le perd de vue pour quelques centaines d'années. Il n'en est plus question que sous le règne de Nochirwan, qui, pour punir les Baloutches de leurs razzias, on fit de grands massacres. Ils se tinrent alors tranquilles au moins pendant une génération, puis reprirent leurs habitudes de pillage, et leur indépendance ne fut jamais menacée d'une façon durable.

Vinrent les Musulmans; la province de Kirman fut conquise dès les premières années de l'Hégire, et le Baloutchistan eut bientôt le même sort. Mais il est douteux qu'il ait été gouverné d'une façon permanente par les Musulmans, jusqu'à ce qu'il eût été définitivement conquis par Yakoub-bin-Lais, de la dynastie des Saffar. Celui-ci régna sur un empire qui s'étendait de l'Indus au Chat el-Arab, mais cette prospérité dura peu, son frère Amz ayant été fait prisonnier par Ismaïl, de la famille des Samanides, et mis à mort à Bagdad.