Cependant les Saffar gardèrent encore plusieurs siècles le Baloutchistan, et ils devinrent, dans le cours des temps, une confédération de chefs. Divers voyageurs arabes, Masoudi entre autres, Istakhri et Ibn Hankal, nous ont donné un intéressant tableau du Makran à leur époque. Deux siècles plus tard, nous avons les rapports d'Idrisi et de Benjamin de Tudèle. À ce moment, la plus grande ville du pays était Kir, actuellement un sordide petit hameau de pêcheurs à l'ouest de Chahbar. Idrisi parle d'un grand commerce de sucre; le Makran se trouvait évidemment, à son époque, sur une route fréquentée.
Lors de l'invasion des Mongols, Djelaleddin de Khiva vint de l'Inde au Makran pour se mesurer avec les hordes des envahisseurs, et, en 1223, Djenghiz-Khan ayant détruit Hérat, envoya Dchagataï dévaster le Makran pour couper les lignes de communication de Djelaleddin.
DES FORTS ABANDONNÉS RAPPELLENT L'ANCIENNE PUISSANCE DU BALOUTCHISTAN.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
À la fin du XIIIe siècle, Marco Polo, à son retour de Chine, navigua le long du Makran, mais il est peu probable que le grand Vénitien ait touché un point quelconque de la côte.
Au commencement du XVe siècle, après l'extermination par Timour de la famille des Mouzaffar, Timour conféra le Kirman à l'émir Adagui, lequel envoya dans le Baloutchistan Djelaleddin Djamchid, qui pilla le pays jusqu'à Kedj. C'est à la fin de ce siècle que les Baloutches commencent à arriver à Moultan. Un peu plus tard, on les rencontre dans le Pendjab.
Lors de l'invasion de l'Inde par Nadir Chah, le pays était gouverné par Abdoulla Khan. Son second fils, Natiz Khan, revendiqua son indépendance après l'assassinat du Chah; mais il dut, bientôt après, reconnaître la suzeraineté afghane. Il étendit le plus qu'il put la domination baloutche, et son pouvoir était respecté jusqu'à Bampour. Mais ses successeurs ne furent plus que les souverains dégénérés d'un royaume aux dimensions restreintes, et lorsque sir Henry Pottinger le traversa en 1810, le pays que nous appelons aujourd'hui Baloutchistan persan était indépendant.
En 1839, un intelligent voyageur, Hadji Abdoul Nali, nous montre les différents chefs baloutches se livrant à toutes sortes de razzias en Perse, et se riant des menaces du gouverneur général de Kirman.