Notre campement de ce jour se fit au petit hameau de Nour-Mouhamedi. Le lendemain, sous prétexte que leurs chameaux, arrivés tard dans la nuit, avaient besoin de se restaurer, nos Baloutches nous contraignirent à faire halte.

Une nouvelle marche, de 25 kilomètres, nous conduisit à Pich-Mant, dont le nom signifie «Place du palmier nain». Les feuilles de cet arbre sont employées à divers usages: on en fait des sandales, des nattes, des corbeilles, des toits, des cordes; on en fait aussi, dit l'auteur d'Eastern Persia, des bonnets, des fourreaux de sabre, des courroies, etc. Les baies, séchées, font des chapelets, les jeunes pousses sont mangeables, et les racines sont un combustible qui s'allume toujours, grande ressource dans ce pays où le bois est rare.

Quittant la plaine, qui est d'une formation relativement récente, nous entrâmes dans une vallée pierreuse et désolée, connue sous le nom de Pir Ghourik, ou Défilé herbeux; et de là, franchissant un col bas, nous arrivâmes sur un plateau. Ce jour-là, un essaim de frelons s'abattit sur notre déjeuner, et le mangea pour nous.

LA PASSE DE FANOCH FAISANT COMMUNIQUER LA VALLÉE DU MÊME NOM ET LA VALLÉE DE LACHAR (page [333]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

La journée suivante, un peu plus longue, nous mena jusqu'à Ziarat, sanctuaire construit en l'honneur de Pir Chamil, un saint habitant de l'Inde, qui mourut ici, il y a à peu près trois siècles. Nous eûmes l'agréable surprise, après avoir franchi un vaste plateau, de trouver de l'eau courante, où nos chevaux s'abreuvèrent avec délices.

Le seul Européen qui nous ait précédés dans cette région est le capitaine Grant, un de ces explorateurs envoyés en Perse par Sir John Malcolm, dans la première décade du XIXe siècle. Ses renseignements sont très maigres.

À Ziarat, nous avions atteint la limite septentrionale du Dacht, ou District littoral, qui est affermé, nous dit-on, pour environ 5 000 francs par an. L'eau de la rivière, qui avait disparu au bout de quelques milles, reparut un peu en amont, et nous passâmes par une série de petits hameaux et de bosquets de dattiers, nous arrêtant finalement à Nokinja, où nous pûmes nous procurer des bottes de riz vert pour nos chevaux, et des œufs et du lait pour nous-mêmes.