Une juive de Salonique (voy. p. [104]).—Dessin de Bida.
Cependant parmi les vieillards qui entraient dans l'église d'un pas chancelant, je vis un jeune homme s'avancer d'un pas ferme: je ne crois pas avoir jamais rencontré d'expression plus pure de la beauté mâle: ses yeux brillaient comme des flambeaux au milieu de la pâleur mate de son visage, amaigri par le jeûne et sa barbe retroussée par la ligne fière de ses lèvres se divisait sur sa poitrine, mêlant ses reflets bleuâtres aux tons plus sombres de sa chevelure. C'était un Grec de Zante, arrivé depuis peu sur la montagne.
Quand les assistants eurent psalmodié un psaume sur le rhythme lent et nasillard de l'Église grecque, qui est un récitatif plutôt qu'un chant, le prêtre commença la messe. Il fit d'abord trois signes de croix suivis d'une inclination. (Le signe de croix se fait chez les Grecs en portant la main de droite à gauche, parce que le Christ donna pour être crucifié sa main droite la première, et à l'aide des trois premiers doigts de la main réunis, pour indiquer qu'il n'y a qu'un Dieu en trois personnes. L'inclination remplace la génuflexion, qui n'est admise par l'Église d'Orient que le jour de la Pentecôte.) Il revêtit ensuite une aube de soie brochée, et se ceignit d'une ceinture large à laquelle pend une sorte de sachet en losange appelé hipognation, de επι sur, γονυ, genou. Après le Confiteor et l'Introït, le prêtre prit le pain[7], coupa le morceau de croûte qui porte la formule, Jésus-Christ vainqueur, ainsi disposée:
| IC | X | ||||
| NI | K | ||||
la mit dans le bassin, versa le vin et l'eau, recouvrit le bassin d'une croix et offrit le sacrifice.
Les Grecs ne disent pas la messe sur un autel de forme tumulaire comme le nôtre, mais sur une table recouverte d'un linge consacré appelé antimension. Ils attachent une idée de profanation à sacrifier dans le même sanctuaire qu'un autre prêtre, en sorte que dans ces monastères les chapelles et oratoires sont innombrables.
Après le service divin nous pûmes circuler librement dans l'église. Le plan de celle-ci est à branches égales; des fresques tapissent les murs jusqu'à la voûte, disposées dans cet ordre, à peu près invariable dans les églises du rite grec: au centre le Christ bénissant[8], portant ce monogramme: IHC XC. O παντοκρατωρ, Jésus-Christ tout-puissant; du côté de l'Orient la Vierge (παναγια, toute sainte), entre les anges Michel et Gabriel; plus bas les prophètes; dans les pendentifs, les évangélistes; au dedans du bêma la Cène; au-dessus du narthex, la Transfiguration; et sur les branches de la croix, les miracles de Jésus-Christ et les sujets de l'Ancien Testament. En dehors, sous la voûte du narthex, les ascètes, les stylites, les saints philosophes et les saints évêques.
Après une visite dans les cellules, meublées d'une simple estrade en bois sur laquelle couchent les moines, on nous conduisit au réfectoire où la communauté dînait d'un macaroni trop cuit noyé dans une sauce trop longue. Un caloyer lisait une homélie pendant le repas.