COLONNADES ET GALERIES COUVERTES DE BAS-RELIEFS (page [367]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Les cases où habitent les bonzes, autour du temple, forment avec celui-ci le plus saisissant contraste. Le village n'est qu'un assemblage de paillottes. Nous logeons sous un grand hangar, ouvert de tous côtés, élevé sur pilotis, et auquel un treillage de bambous tient lieu de plancher: on y accède par une échelle. La nuit, pendant que nous nous retournons sur nos matelas en proie à des rêves gigantesques, tout autour de nous s'élèvent les voix nasillardes des bonzes qui psalmodient des litanies, ou entonnent une sorte de plain-chant liturgique. Cela dure jusqu'à onze heures du soir, et recommence dès l'aube pour répondre à l'appel claironnant des coqs. Et pendant les quelques heures de repos que nous laissent ces chants pieux, à travers la claire-voie de bambous, montent mille bruits bizarres, qui inquiètent le voyageur couché en plein air dans ce pays de scorpions et de serpents: ce sont nos petits bœufs attachés au-dessous de nous, qui ruminent, s'agitent et se frôlent doucement.

Pourtant ce peuple qui vit dans des cases de bois et de paille, et qui semble plutôt un primitif qu'un dégénéré, est bien le descendant des grands bâtisseurs d'Angkor. Membres robustes, traits accentués et presque semblables aux nôtres, yeux largement ouverts, tout indique qu'il vient de loin. À coup sûr ces gens-là sont de même race que les Indiens qui, à la même époque, presque fabuleuse, construisaient les mêmes monuments gigantesques. Ils ne peuvent se renier mutuellement, car ils sont encore aujourd'hui frères par les traits de leur visage, comme ils l'étaient jadis par le génie. Mais comment expliquer cette déchéance absolue, sans espérance et sans regrets? Le phénomène, hélas! n'a rien de rare.

LA PLUS GRANDE DES DEUX ENCEINTES MESURE 2 KILOMÈTRES DE TOUR; C'EST UN LONG CLOÎTRE (page [364]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Les Fellahs n'ont-ils pas construit les Pyramides? N'est-ce pas aux Cinghalais qu'on doit les colosses d'Anuradhapura, dans l'île de Ceylan? Ces peuples asservis travaillaient pour le compte du maître, et par la puissance de leurs millions de bras, lui permettaient d'accomplir des prodiges auxquels leur intelligence n'avait nulle part. Machines humaines, ils se mouvaient sous la direction d'une élite peu nombreuse, et ils retournèrent à la simplicité de la nature, le jour où disparut cette aristocratie combinée de la puissance et du génie.