D'ailleurs le jour se levait, et à nos souhaits de ne plus avoir de sitôt une nouvelle alerte, nous mêlions nos vœux de bonne année: c'était le 1er janvier!
Le lendemain avait lieu le départ pour la brousse; nous l'attendions avec impatience depuis notre arrivée dans la colonie. La corne annonce le réveil: il est six heures. Les tentes sont pliées, les cantines fermées, et chaque porteur se place auprès de sa charge, sur laquelle il assujettit de son mieux son léger bagage personnel. «En avant!» et la colonne se met en marche sur l'unique sentier qui sort de Petit-Alépé et se dirige vers Motéso et Grand-Alépé.
À MOTÉSO: SOINS MATERNELS.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Quelques tirailleurs forment la tête du cortège: le pays est inconnu, et nous ne savons encore quelle réception nous devons attendre des Attiés. Ceux-ci sont, en effet, proches parents des Ebriés, avec lesquels le Gouvernement de la Côte d'Ivoire est en hostilités depuis plusieurs mois; de plus, les peuplades de la forêt nous ont été dépeintes comme très guerrières et armées de fusils de traite en grand nombre. Le gros des porteurs est au centre; à l'arrière-garde les Européens et les derniers tirailleurs.
Dans le sentier étroit, montant, la colonne s'allonge; il faut marcher en file indienne, l'un derrière l'autre, en évitant du pied les racines, de la tête, les lianes qui barrent le chemin. Un tronc d'arbre énorme, abattu par le dernier orage, intercepte le sentier; il faut passer. Les porteurs de petite taille se glissent sous le tronc, d'autres contournent l'obstacle pendant que quelques paresseux déposent leurs charges et profitent de cet arrêt pour prendre un repos de courte durée.
Nous arrivons à Motéso, après quatre heures de marche, et constatons avec désappointement que le village est de peu d'importance et complètement évacué par les habitants. Le chef ne peut fournir de vivres, dit-il; il ne possède rien. C'est la misère dans tout son pays, tandis que ses voisins de Grand-Alépé et de Memni sont dans l'abondance.
Le campement est cependant établi à 300 mètres environ du village, et pendant que les officiers commencent le lever du pays, je me rends à Grand-Alépé, en compagnie de mon boy Allou.