INSTALLATION DE NOTRE CAMPEMENT DANS UNE CLAIRIÈRE DÉBROUSSAILLÉE. D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Pendant mes excursions aux environs, je découvris, au milieu d'une forêt de palmiers, ce que je pourrais presque appeler une usine pour la fabrication de l'huile de palme. Cette usine, composée de plusieurs hangars dépendant du village de Grand-Alépé, contenait une douzaine de mortiers de très grande taille, creusés dans d'énormes troncs d'arbres. À l'aide de gros pilons en bois, les indigènes écrasent dans ces mortiers les graines de palmiers quand elles sont rouges, c'est-à-dire bien mûres. L'huile recueillie est placée sur un feu violent dans de grandes terrines; l'eau s'évapore, et l'huile ainsi épurée est bonne au commerce ou à l'usage indigène. On la transporte à la lagune et, de là, dans la factorerie; une petite quantité est conservée pour l'éclairage, quelques soins médicaux et surtout pour la cuisine: elle sert à préparer le plat du pays, le foutou, fricassée d'animaux divers, fortement épicée.

ENVIRONS DE GRAND-ALÉPÉ: DES HANGARS DANS UNE PALMERAIE, ET UNE DOUZAINE DE GRANDS MORTIERS DESTINÉS À LA PRÉPARATION DE L'HUILE DE PALME.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Les relations très cordiales pendant les deux premiers jours ont, au troisième, brusquement changé. Un des notables du pays, accompagné de ses deux femmes, vint se plaindre d'un de nos porteurs, qu'il accusa d'avoir voulu attenter à l'honneur et même aux jours de ses compagnes. On parle, on discute: tapage épouvantable pendant une demi-heure. Tout le village commente l'histoire avec force gestes et cris; on se comprend de moins en moins. Le vieux et ses deux femmes, voyant que l'on ne fait pas droit à leur requête en leur donnant un cadeau proportionné à l'offense, se retirent furieux, quand le porteur, sujet de la discussion, apprenant la cause de tout ce bruit, vient trouver le commandant. Il voulait tout simplement acheter des ignames que portaient ces dames; effrayées, elles ont préféré prendre la fuite. Tout s'explique, et après une heure et demie de palabre, l'accord est fait.

En quittant Motéso, nous arrivons, après une heure de marche, à Memni, où se trouve une mission catholique. Nous ne faisons qu'y passer et nous nous mettons en marche dans la direction de Denguéra.

Au sortir du village, le chemin n'est autre que le lit d'un ruisseau dans lequel il faut patauger pendant près d'une heure. Nous le quittons au moment où, l'habitude aidant, nous commencions à comprendre et à estimer la préférence des noirs pour ce genre de chemin, qui, outre qu'il est tout tracé, présente l'avantage de rafraîchir les pieds pendant la marche. À la sortie du ruisseau, le sentier est presque impraticable. À tout instant ce sont des obstacles, des lianes surtout, qui, s'accrochant aux charges, les font tomber de la tête des porteurs. Nous avons quelque raison de regretter le joli ruisseau au-dessus duquel la brousse rare et élevée permettait un passage facile. La halte, vers midi, est de courte durée, et, le soir, nous devons nous arrêter en pleine forêt pour préparer le campement.