DANS LE SENTIER ÉTROIT, MONTANT, IL FAUT MARCHER EN FILE INDIENNE. D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Cette fois encore notre arrivée était annoncée, car nous trouvions le chef et les notables du village nous attendant sous une case. Il est, en effet, presque impossible de passer une porte fétiche sans que votre passage soit prévu. Les Attiés, par raison stratégique, évitent de faire déboucher les chemins brusquement en plein village: le sentier contourne toujours une partie des habitations, et ce n'est qu'après un coude prononcé qu'il aboutit à la porte fétiche. En dehors des deux issues qui se font face aux deux extrémités de la rue, le village est complètement entouré de broussailles qui s'opposent à toute attaque de ce côté.
Nous étions installés depuis la veille dans un campement, auprès du village de Denguéra, quand, vers midi, nous entendîmes un tam-tam étourdissant qui s'approchait de nous. C'était le roi! le roi de Denguéra, ou plutôt des différents groupes appelés Denguéra, et dont nous ne connaissions que l'un des villages.
L'entrée fut triomphale et bruyante; toute la suite royale hurlait à pleins poumons, pendant que les tam-tams, de différentes tailles, faisaient rage. Six noirs, au souffle puissant, la figure et le cou gonflés par l'effort, faisaient résonner les trompes de sa Majesté: des défenses d'éléphant, percées d'une ouverture latérale auprès de la pointe; l'accord, ainsi obtenu, était d'une grande justesse.
L'importance de l'orchestre aurait pu nous faire espérer un roi puissant et riche. Ce n'était encore qu'un vulgaire chef noir sans autorité, se reconnaissant le plus pauvre de tous ses sujets, et ne sachant que tendre la main pour demander un cadeau.
Nous ne restâmes au camp de Denguéra que le temps nécessaire pour le lever du chemin parcouru et de celui qui devait nous mener à Kodioso, où nous campions quelques jours plus tard.
Toute cette partie de la forêt entre Denguéra et Kodioso a un aspect particulier. Les grands arbres y sont peu nombreux; la végétation paraît moins ancienne que dans les autres lieux déjà visités, et ce sont, de tous côtés, plantations abandonnées et ruines nombreuses. De véritables forêts de goyaviers, aux troncs tortueux, recouvrent les emplacements de villages immenses, de villes, témoins jadis d'une population plus nombreuse qu'à l'époque actuelle. Les villages qui existent sont rares, dispersés et sans importance; les cases sont moins bien construites, et beaucoup d'entre elles tombent en ruines.