On s'entend avec le chef de Kodioso, qui nous donne un guide pour nous conduire, le soir même, à Adokoï. Avec plaisir on part en plein midi, et cependant, au milieu des immenses champs de bananiers, quelle chaleur jusqu'à trois heures! On marche toujours aussi légèrement, jouissant déjà du repos annoncé; nous devons, en effet, coucher à Adokoï.
D'heure en heure, les kilomètres s'ajoutent aux kilomètres. À cinq heures, on interpelle le guide: «Adokoï?» La tête ahurie du personnage nous tient lieu de réponse.
INDIGÈNES COUPANT UN ACAJOU.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Mais à quoi bon crier? il faut d'abord camper. Où? Pas une goutte d'eau. Nous devons donc reprendre la marche en avant. À six heures, le guide desserre les dents pour nous annoncer la rivière Mé, à peu de distance, acaco-coco, un peu loin, pas trop; ce qui veut aussi bien dire quelques mètres que quelques kilomètres.
Je pars en avant avec le guide, et après une demi-heure de marche, nous débouchons brusquement sur une rivière, large de 80 à 100 mètres, la rivière Mé. Mais pas d'Adokoï. La nuit nous a déjà surpris et nous force à nous abriter sous quelques huttes abandonnées au milieu de la forêt.
Notre campement était établi le lendemain sur les bords de la rivière, auprès du pont qui la traverse. Un arbre immense a été jeté au-dessus de l'eau; la racine tient à la berge, et les branches prennent appui dans le lit de la rivière.
Devant le camp, se trouve un acajou de plus de 50 mètres de longueur, qui vient d'être abattu récemment par les indigènes, ainsi qu'en témoigne l'échafaudage, fraîchement monté autour du pied de l'arbre. Le tronc a près de 1m50 de diamètre, et l'arbre, de la section aux premières branches, a pu fournir cinq billes d'acajou de 4 mètres de longueur chacune. Ces énormes masses seront roulées jusqu'à la rivière et voyageront, par le fleuve et la lagune, jusqu'à Grand-Bassam, pour être, de là, expédiées en Europe.
À Apiagui, où nous passions quelques jours plus tard, nous obtenions la même réponse que précédemment: Bettié était inconnu. N'ignorant pas que dans ce pays attié les mêmes villages avaient des noms différents et souvent nombreux, le commandant crut nécessaire d'expliquer qu'il s'agissait d'un village sur un grand fleuve.... Le fleuve était connu, très vaguement d'ailleurs, mais non Bettié. Et cependant les vivres faisaient complètement défaut. Le menu quotidien était toujours: igname, bœuf de conserve, vin de palme. Plus de riz, plus de biscuit.