À Adokoï, où nous arrivions le 30 janvier, à 35 kilomètres de Kodioso, ce fut encore la question posée au premier notable qui voulut bien nous honorer d'une palabre. Bettié était toujours inconnu, ou plutôt il existait un village de ce nom, mais très loin, si loin, qu'il était préférable de se rendre d'abord dans le pays de Séka, qui n'était pas trop éloigné, et où les renseignements seraient certainement plus précis.

On ne pouvait attendre plus longtemps, et le 1er février, le commandant, avec le capitaine Thomasset et quelques tirailleurs, partait en reconnaissance, à la recherche de Bettié, et surtout du convoi de vivres.

À six heures du matin, au moment où le commandant quittait le campement, arrivait le chef d'Adokoï, apportant une chèvre en cadeau. Je suis chargé de répondre à ce souhait de bienvenue par un autre présent. Pendant quelque temps, le chef erre dans le camp au milieu des porteurs et des tirailleurs, et, ne voyant pas survenir l'objet précieux attendu en échange, il délie de ses propres mains la chèvre attachée à un arbre et retourne au village. Je lui adresse mon interprète en lui faisant dire qu'un cadeau donné ne peut être repris. À ces justes observations, le chef répond «que son cadeau n'a pas été payé et que, de plus, il a été fait au commandant et non pas à moi». D'ailleurs, il se demande pourquoi il s'occupe de tout cela, puisqu'il n'est pas le chef véritable, lequel, effrayé de la présence des blancs, est, paraît-il, dans la brousse.

Il était de toute nécessité de voir le chef dont l'autorité s'étendait sur le pays. On le fait demander. Il répond qu'il viendra le lendemain. Le lendemain, personne. À midi, on nous annonce son arrivée. Cela dure deux jours, et encore pas de chef. Enfin, le deuxième jour, à huit heures du soir, les trompes royales résonnent: c'est Sa Majesté qui fait son entrée dans son village.

Au matin, il se présente au camp, se croyant à son dernier jour, et tremblant d'émotion et de vieillesse.

Le pauvre petit vieux!

Il a nom Leliépi et porte la barbe du menton tressée en signe d'autorité. Après un quart d'heure de palabre, se sentant encore en vie et comblé de cadeaux pour lui et ses royales épouses, il ne peut retenir ses larmes. Il serre avec frénésie les mains des blancs assistant à la réunion et jette à nos pieds un peu de terre prise devant lui, signe de grande reconnaissance et de profond respect.

Leliépi paraît très intelligent et possède une autorité véritable et incontestée sur tous ses sujets. Il promet des porteurs pour transporter les bagages, des vivres en abondance; tout marche à merveille.

Une bouteille de gin, donnée en cadeau, court de main en main, passe de bouche en bouche, et, rapidement absorbée par la Cour, met en mouvement toutes les langues. «Oumbrenon!—Les blancs!» dit le roi, et dans ce seul mot se condense son admiration pour nous.