C'est ce qui est arrivé à ma cantine, aux environs de Denguéra. Le porteur s'est dérobé, et la malle a pris un bain d'un quart d'heure. Quand je l'ai ouverte, tout baignait encore dans l'eau.
Oh! si l'on pouvait imiter les noirs! Bien plus pratiques que nous, ils serrent précieusement les trois fils qui leur servent d'habits, pour s'en revêtir dès que l'orage a pris fin. Nous, trempés, grelottants, nous attendons l'arrivée de nos cantines pour nous changer. Et, si l'on campe dans un village, impossible de se soustraire, pendant la toilette et le changement d'habits, aux regards curieux et étonnés de la population tout entière.
En pleine forêt, sur l'emplacement d'argile humide de notre ancien campement, entre Denguéra et Memni, nous venions d'élever nos tentes, quand, à la tombée de la nuit, de grands cris s'élèvent sur le chemin.
Tout le camp est en éveil. À l'entrée du sentier, débouchent tout à coup des tirailleurs, le fusil sur l'épaule. En un instant, ils sont entourés, acclamés; on leur fait une réception enthousiaste: porteurs et tirailleurs se précipitent vers les nouveaux arrivants qu'ils aident à se décharger, leur enlevant leurs armes, leurs charges,... puis ce ne sont que poignées de main, longues et vigoureuses, qu'étreintes bruyantes. «Le capitaine, le capitaine!» crie-t-on de tous côtés.
Cet heureux retour du capitaine Thomasset et de son escorte nous met en joie, en nous faisant oublier l'inquiétude qui, chaque jour, grandissait parmi nous, motivée par l'esprit belliqueux et surexcité des populations que nous venions de quitter.
À marches forcées, suivant le même chemin que nous, et sans avoir subi la moindre attaque, le capitaine Thomasset avait traversé le pays attié par Mopé, Adokoï, Kodioso, surprenant les indigènes par la rapidité de sa course. Cette excursion jusqu'au N'zi avait pleinement réussi. En effet, malgré l'hostilité des habitants, le capitaine était parvenu au but qu'on lui avait assigné: se diriger vers le nord-ouest et reconnaître cette rivière, affluent du Boudama. Il est vrai que ce succès ne fut obtenu que par le courage et le sang-froid du chef de l'expédition.
Le passage lui fut refusé par le chef du dernier village qu'il fallait traverser pour toucher à la rive du N'zi. Informé de cette décision, le capitaine fait dire par son interprète que ses intentions sont pacifiques, mais qu'il tient à continuer son chemin, et saura faire usage de ses armes, si cette liberté ne lui est pas accordée. Pour toute réponse, le chef garde prisonnier l'interprète. Le capitaine proteste de nouveau et annonce que si à l'instant même son interprète ne lui est pas rendu, il va donner l'assaut au village, qui sera détruit et brûlé.
Intimidés, les indigènes expliquent qu'il y a malentendu, et que le passage ne peut-être refusé à un blanc qui sait aussi bien commander.
Le jour même, le N'zi était reconnu, et le retour s'effectuait immédiatement dans la direction de Mopé, que le commandant Houdaille, accompagné du reste de la Mission, venait de quitter, quelques jours auparavant, pour redescendre vers Petit-Alépé. Ce retour du capitaine Thomasset permettait d'augmenter le nombre des travailleurs et de mener encore plus rapidement les travaux à effectuer en cours de route. Certains points ont dû être étudiés à nouveau, et tout le long de la tranchée principale faite à l'aller, de nombreuses percées transversales avaient été exécutées et levées, donnant ainsi une connaissance exacte du terrain avoisinant.
Ce travail complémentaire, venant s'ajouter aux fatigues de la marche quotidienne, ne laissait aucun loisir aux membres de la Mission, tant Européens que tirailleurs et porteurs. Et quand, après une journée de labeur incessant, nous attendions avec impatience le moment de nous reposer sous la tente, dans ce même pays où, à l'aller, nous avions peine à nous approvisionner, il nous était impossible, au retour, de trouver un emplacement sec pour y installer notre campement.