Dans mes loisirs, j'avais pu faire quelques observations météorologiques en mettant en usage, quand cela m'était possible, les appareils enregistreurs que nous possédions. C'est ainsi que j'avais constaté dans la température de la forêt un abaissement de trois à quatre degrés sur les températures observées près de la côte et des lieux découverts; les maxima ayant toujours varié entre 28 et 31 et les minima entre 20 et 22 degrés.

Par contre, l'humidité déjà très grande à la Côte d'Ivoire (il y tombe une hauteur d'eau de 2m70 par an) se trouve dans la forêt encore considérablement augmentée. Nous avons passé tout notre séjour dans la brousse, au milieu, d'une atmosphère saturée d'humidité, si bien qu'il nous a été impossible de reconnaître les saisons sèches et pluvieuses observées à la Côte. Sous la forêt, il pleut toute l'année; la quantité seule diffère, mais on peut dire que d'avril à juillet les pluies sont continuelles. Les tornades journalières, pendant ces mois, sont généralement amenées par le vent du nord. Celles qui succèdent au vent du sud-ouest, qui est le vent régnant généralement sur la forêt, sont moins fréquentes, et surtout moins violentes; pendant toute la durée de la pluie, il se produit une baisse de 5 ou 6 degrés dans la température.

LE DÉBITAGE DES ARBRES.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Aux environs de Denguéra, j'avais constaté, du 11 au 25 janvier, un abaissement anormal de la température, surtout au matin. Il faisait froid, et le thermomètre marquait 15 degrés. L'hermâttan, vent froid et sec, venant du nord-est du Sahara, se faisait sentir à ce moment dans la forêt avant d'arriver à la Côte, où il souffle régulièrement tous les ans à la même époque.

Cette humidité, chaude et constante à la Côte d'Ivoire, donne à la végétation une activité sans égale. Aussi les indigènes ne s'adonnent-ils que fort peu à la culture, la nature leur fournissant, avec prodigalité, les aliments nécessaires.

Dans leurs champs, situés généralement à 2 ou 3 kilomètres de leurs villages, ils cultivent surtout des bananiers aux fruits gros et peu sucrés, qu'ils cuisent et écrasent pour préparer le «foutou»: c'est la base de leur nourriture. Les ignames et le manioc ne sont conservés que comme réserves pour les temps de disette et de guerre ou pour les jours de marche.

Dans leurs plantations poussent encore quelques papayers, des ricins, des piments, des tomates sauvages. Autour des villages, il n'est pas rare de rencontrer des citronniers, des manguiers sauvages. Des arbres à noix de kola blanche ou rouge existent souvent au centre des habitations ou auprès de l'arbre à palabres du village; ils sont considérés comme fétiches. Beaucoup de villages sont entourés d'une ceinture de cocotiers plantés entre les cases et la brousse. Les clôtures des maisons, les portes fétiches, sont souvent formées par des ricins, des pourghères, dont les graines purgatives sont connues des indigènes.

Sur les bords des lagunes et des fleuves surtout, et quelquefois tout autour des villages, des plantations, la forêt fait place à une autre forêt de palmiers d'espèces variées, parmi lesquelles domine le palmier à huile. C'est une des richesses du pays, et les produits, amandes et huile, qu'en retirent les indigènes, sont l'objet d'un commerce très important. D'autres palmiers servent à préparer le vin de palme, boisson fermentée qui est absorbée à l'occasion des fêtes et réjouissances: c'est le «n'zan» des Agnis, le «n'raufi» des Attiés.