Les insectes que j'ai observés sont des sauterelles, criquets, grillons, cigales, des termites relativement rares et construisant des termitières de petit volume. Dans la brousse se rencontrent des taons, des guêpes, dont le voisinage est toujours désagréable. Une petite espèce d'abeilles produit du miel que les noirs recueillent et paraissent estimer.

Les moustiques, très rares au centre de la forêt, pullulent sur les bords du fleuve et des lagunes. N'ayant pu, faute de loisirs, en étudier les diverses variétés, il m'est impossible de préciser la relation qu'il y a eu entre leur présence, leur absence et les accès de fièvre paludéenne constatés. Cependant, en général, je puis dire que, dans la forêt, les accès de fièvre ont été moins fréquents que sur la côte et les bords des lagunes et des fleuves. À terre, sur l'humus, on ne voit que fourmis rouges, magnans, fourmis cadavres à l'odeur écœurante. Plus dangereux et presque aussi fréquents sont les gros scorpions noirs d'Afrique, les mygales, énormes araignées, dont les morsures sont venimeuses. Une chenille couverte de piquants occasionna chez un de nos sergents des accidents d'urticaire très douloureux.

Quant aux poux de bois, argas, vivant dans la forêt, ils sont aussi fréquents et malfaisants que les chiques répandues sur le sable du rivage et dans les cases de la côte: ces insectes, argas et chiques, se logent sous l'épiderme, provoquent des démangeaisons insupportables et occasionnent souvent des plaies s'ulcérant facilement.

IV. — La fièvre jaune à Grand-Bassam. — Deuils nombreux. — Retour en France.

Grâce aux nombreux bateaux à vapeur qui relient fréquemment la côte et Petit-Alépé, il nous était facile de descendre à Grand-Bassam et je m'y rendais environ une fois par semaine, afin d'acheter les vivres qui nous étaient nécessaires. Cordialement accueilli par mes deux confrères, les Drs Chaussade et Bailly, je passais la journée en leur compagnie et reprenais ensuite le bateau qui devait me reconduire à Petit-Alépé avant la nuit.

Un jour, le chef de service, le Dr Chaussade, me fit part de quelques cas curieux qui venaient de se produire dans le village indigène: des noirs en excellente santé avaient été pris de fièvre brusquement. Leurs ganglions avaient formé des bubons et, après quelques jours de maladie, la mort était survenue. L'attention du docteur avait été attirée, non par les indigènes eux-mêmes, qui, loin d'appeler le médecin, cachaient plutôt les malades, mais par l'augmentation des décès au commencement du mois d'avril.

À la curiosité fit place une certaine inquiétude, quand, vers le 16, j'appris, par hasard, que le nombre de morts allait en croissant considérablement: c'était une véritable épidémie qui se déclarait, d'autant plus grave que les indigènes n'avaient aucune hygiène et que les cas, isolés jusque-là dans un seul quartier, étaient, en ce moment, disséminés dans tout le village noir.

Le vapeur, qui me conduisait, le 21 avril, à Bassam, manqua de charbon en cours de route; il fallut chauffer au bois, et la nuit nous surprit alors que nous étions encore sur le fleuve. À notre arrivée, je ne pouvais me rendre chez mes confrères, l'heure étant trop avancée. J'appris, d'ailleurs, que l'un d'eux était souffrant et préférai me reposer au grand air, sur mon lit de camp, sous une vérandah.