Cet inconnu, vers lequel je descends rapidement, poussé par le courant et à toute vapeur, cet inconnu m'effraie, je l'avoue humblement. Un de mes camarades est mort, il y a huit jours, l'autre est gravement malade. De plus, j'apprends à bord qu'un directeur d'une factorerie est décédé sur la plage au moment où il s'embarquait pour rentrer en France; de nombreux cadavres de rats, me dit-on, ont été trouvés dans les magasins de factoreries et dans les cases indigènes, etc.

À cinq heures du matin, j'étais auprès de mon chef, le Dr Chaussade, qui s'excusait de m'avoir fait déranger pour un simple accès de fièvre: il se trouvait très bien.

Vers huit heures, avant de quitter Grand-Bassam pour faire un voyage d'un jour sur la lagune, le gouverneur et le commandant Houdaille venaient prendre des nouvelles du malade. Il fut convenu que je resterais pour assurer le service à Bassam pendant quelques jours et que le Dr Chaussade irait en convalescence se remettre de ses fatigues, auprès de la Mission, à Petit-Alépé.

UNE INONDATION À GRAND-BASSAM.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Cette décision ne devait pas avoir de suites (et ce fut le salut des membres de la Mission) car, malheureusement, le mieux constaté dans l'état du malade fut de courte durée. Le Dr Chaussade s'alitait à trois heures du soir, très gravement atteint; la mort survenait au commencement de la nuit. Quelles longues et cruelles heures pour un médecin discutant sur son lit de mort, jusqu'au dernier soupir, la maladie qui l'emporte, quand, à ces angoisses, s'ajoute le sentiment de la responsabilité du devoir à accomplir! Ces situations terribles sont rares, même aux colonies, d'un médecin se sentant mortellement atteint d'un mal qu'il ignore, qu'il craint de nommer, car, il faut se hâter, si c'est une épidémie qui débute, de prendre les mesures nécessaires pour sauver ceux qui sont encore en vie.

Le Dr Chaussade entrevit cela et, mourant, il murmurait: «Donnez des ordres, je meurs de la peste!»