LE PÈRE KICK SYMBOLISAIT LES GÉNÉRATIONS DES NÉERLANDAIS DÉFUNTS (page [423]).

En 1850, on comptait que 30 000 hectares de terre, y compris le fameux lac de Harlem, avaient été ainsi repris à l'océan et rendus à la culture.

La grosse difficulté consistait à maintenir l'équilibre entre les intérêts particuliers de ces polders et les intérêts généraux du système hydraulique auquel le pays doit son existence. La répartition des eaux doit suivre une harmonie, sous peine des plus graves dangers. Mais on y obvia par la création d'écoles d'ingénieurs, où l'on forma la petite armée chargée de défendre le territoire contre son ennemie séculaire. S'il est en effet facile d'ouvrir une écluse, de consolider une digue, d'assécher un marais, il faut beaucoup de science et d'observation pour présider à l'harmonieuse répartition des eaux.

Autre croquis. À Westkapelle, deux femmes reviennent du molen, dont les lucarnes simulent deux gros yeux, au-dessus d'une porte nasale. L'une s'appelle Keetje; elle est mariée à Jocker, le propriétaire du moulin; l'autre est sa belle-sœur, Yande Eserke, dont l'époux s'occupe de culture. Toutes deux s'étonnent que le bateau de Rotterdam n'ait pas encore amené les sacs de grain dont on serait pressé, si l'on devait être pressé de quelque chose....

La culture, quand il y a culture, se résume aux pommes de terre, choux, carottes et betteraves. Peu de blé, froment ou avoine; un peu de chanvre, et c'est tout. Voilà évidemment une des raisons pour lesquelles on ne mange pas de pain, et pourquoi l'on se nourrit de farineux, lait et beurre.

Les champs labourés présentent un aspect boueux, gras, argileux; aux époques pluvieuses, les charrettes y enfoncent jusqu'au moyeu. Cette terre serait impropre aux semis variés de nos contrées plus meubles.

La betterave, en Zélande, se cultive sur une vaste étendue. Quand vient l'automne, on voit de tous côtés des chariots traînés par des chevaux robustes l'amener aux embarcadères par véritables montagnes. Imposantes et magiques, ces montagnes s'élèvent vers le ciel, telles une manne épandue soudainement, triée sans trêve et dénombrée par des groupes peu pressés; et leurs redondances coniques, ventrues ou bossues, semblent encore des symboles pour la race qui les pèse.

Les chalands, seuls transports possibles en ces contrées humides, viennent les prendre, afin de les mener aux usines calmes où la vapeur les transforme.