Il y a des bateaux pour chaque espèce de transport; il y en a donc pour les passagers. Ce sont de bons petits vapeurs, munis de cabines et de roofs, qui vont sans secousse à travers les méandres aquatiques.
Quand la traversée est longue, chacun s'établit comme chez soi, fume avec componction, ou continue ses affaires, de façon à ménager l'étoffe dont la vie est faite. On écrit, on mange, on dort. Les femmes cousent, tricotent, se confient des secrets. De tel port à tel autre, il y a pour elles la longueur d'un demi-bas, d'un tablier ou d'un récit intime.
On longe des sites un peu monotones, c'est vrai; mais quel repos, quelle béatitude, dans le silence général, de suivre des yeux la forme des nuages, et de l'oreille le bruissement de l'eau fendue par la proue! C'est la fête des profondeurs, des fluides et des brumes, de la brise, de la lumière et des sillages.
La moindre variété prend un relief singulier, et l'on admire un moulin coquet, une ferme rouge, un bœuf paisible, un garçon penché, remorquant sa barque, aidé de son chien.
WEMELDINGEN: UN MOULIN COLOSSAL DOMINE LES DIGUES (page [428]).
Au printemps, les nénuphars, les iris, piquent de blanc la moire glauque des ondes. Au crépuscule, le soleil des beaux soirs y jette toute la somme de ses rayons, et l'on prend l'illusion de voguer sur de l'or, de la pourpre ou du saphir. Si l'on veut voir la Hollande, il faut monter sur les bateaux, de préférence aux chemins de fer. Les traversées, les escales, font pénétrer au cœur même de la terre hollandaise et laissent des impressions qui sont la joie des yeux.
Ce mode de roulage, du reste, répond si bien à la nature du pays, qu'il semble être le seul commode. Le plus grand nombre des services exécutés ailleurs par charrette, se pratiquent ici au moyen de bateaux. Le jardinier conduit sa barque chargée de légumes, de fruits ou de fleurs, de même qu'en France on conduit son âne ou sa voiture.
À Amsterdam, les déménagements se font par eau. Le lait, les fleurs, le bois, etc., viennent de même, et tel canal réunit le marché de l'un, tel canal réunit le marché de l'autre.