Accroupi sous mon caoutchouc, j'essuyai stoïquement la bourrasque, considérant les chariots enfoncés dans les champs marécageux, enlevés par les efforts brusques de reins hippiques, souillés de boue grasse.
Bref, le ciel se rasséréna; j'enfourchai ma machine et je foulai par le pays, l'œil attentif, la moustache au vent.
Je parcourus des kilomètres nombreux, je traversai des ponts à guillotine, des remblais, des pâturages, des cultures, des villages tous pareils, et je parvins à Wemeldingen, au moment où mon estomac criait famine.
Wemeldingen a une rue principale, plantée d'ormes taillés en boule. Guidé par les gestes d'une petite fille, j'arrivai à l'unique logement de l'endroit.
LES MOUTONS BROUTENT AVEC ARDEUR LE LONG DES CANAUX.
L'hôtelier, un grand homme sec, au profil de médaille, me reçut avec aménité. Il prévint sa femme. Celle-ci renonça à me comprendre, et appela ses filles. Cinq jeunes personnes fraîches, rieuses, roses, apparurent et m'entourèrent de leurs bras nus, de leurs coiffes aux ailes rondes. Je saisis une feuille de papier et je dessinai un bœuf, puis un pain, une baratte et divers ingrédients, symboles des nourritures que je désirais absorber. Elles joignirent leurs mains, riant très fort, et parlèrent toutes ensemble en agitant leurs doigts menus, pour m'expliquer des foules de mystères.