Je voulus ensuite savoir leurs âges. Les mains se levèrent; et, comme les marmots qui comptent sur leurs doigts pour faire une addition, elles énumérèrent les printemps dont elles étaient nanties.

Je désirai les entendre chanter une chanson hollandaise. Elles se prirent par la taille, reculèrent, jusqu'au fond de la salle, et marchèrent vers moi en fredonnant un petit air: tra la la.... Puis elle se penchèrent tout à coup en riant aux éclats, et se sauvèrent lestement. Le père, assis entre ses verres et ses plateaux, au comptoir, fumait béatement une vieille pipe, et souriait avec malice.

—Où sont-elles passées?... interrogeai-je en piètre allemand.

—Là-haut, répliqua-t-il, en montrant le plafond.

—Je voudrais bien les portraiturer.

—Attendez-un moment.

Au bas de l'escalier, cinq paires de mules noires ornées de perles, attestaient une fuite précipitée. Malgré mon désir, je n'osai grimper au harem, et je me mis à griller du pétun.

Un quart d'heure s'écoula de la sorte, puis j'entendis derrière la porte des murmures étouffés. J'ouvris. Les trois aînées se tenaient là, parées de leurs plus beaux atours.

—Et les deux autres?

Elles hochèrent la tête, montrèrent leurs coiffures, haussèrent les épaules, et je crus comprendre qu'une affaire de coquetterie les empêchait de descendre.