MAUSOLÉE DE THÉODORET, SELON LA LÉGENDE, PRÈS CYRRHUS. D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Après Cyrrhus, j'ai rencontré plus d'une fois encore des traces de routes romaines, des ponts séculaires, et noté divers détails intéressants pour la topographie de la Syrie antique. Il me fallait cette occupation pour oublier la monotonie du paysage; j'étais revenu en plaine, dans les étendues poudreuses et privées d'eau. Malgré la proximité d'Alep, où je touchais presque, la sauvagerie des populations semblait plutôt s'accroître. Une bizarrerie curieuse était l'accoutrement des habitants. De loin, on distingue fort mal les sexes à leurs costumes: hommes et femmes s'habillent pareillement de caleçons bleus fort larges, simplement serrés à la taille. La femme se reconnaît seulement à ses fonctions; il n'y a pas de doute si la silhouette perçue à distance se complique d'un enfant à la mamelle ou d'une outre sur le dos. Ce sont là, avec la confection du pain, les seules attributions de la femme: elle est nourrice et porteuse d'eau. L'homme pousse son âne, fait les trajets de village à village ou jusqu'à la ville prochaine; rentré chez lui, il s'étend à terre... et fume. Quant aux enfants, une fois sevrés, ils s'élèvent eux-mêmes; le plus âgé surveille les autres, leur donne des soins de propreté. Au dernier arrêt, dans le village de Nebbol, aux toits coniques, je voyais, au matin, les grandes filles incliner sur les margelles des puits les têtes ébouriffées de leurs jeunes sœurs, poursuivre dans les cheveux les parasites, et renverser par-dessus, pour le dernier nettoyage, un grand seau, dont elles laissaient retomber, ménagères économes, le contenu au fond du puits.

KARA-MOUGHARA: AU SOMMET SE VOIT UNE GROTTE TAILLÉE (page [165]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Et je me suis retrouvé, au milieu d'une lourde journée de fin juin, à l'hôtel du Parc, à Alep, au bout de près de deux mois d'absence. J'y ai pris, par prudence, un repos de quelques jours, auprès du cercle sympathique qui s'y réunissait encore. Les parties de poker ont recommencé de plus belle, agrémentées d'un accompagnement jadis ignoré, la musique infernale d'un cirque, hachée par les rugissements des lions, et qui obligeait d'entendre le même air pendant cinq heures, sans interruption sensible. Il fait chaud dans la ville plus qu'en rase campagne; les surfaces blanches des maisons sont accablantes pour la vue, et quand le vent n'est point intercepté, il vous enveloppe d'un nuage. M. Pognon, revenu de voyage, lui aussi, m'a fait profiter de sa connaissance du pays, pourvu d'indications utiles. Je repars enfin, satisfait de la pensée qu'une autre région m'attend, moins reculée, moins remplie de périls, moins désertique.