L'EUPHRATE EN AMONT DE ROUM-KALEH; SUR LA FALAISE CAMPAIT UN PETIT CORPS DE LÉGIONNAIRES ROMAINS (page [160]). D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Les premiers jours, cependant, m'apportent peu de nouveauté: Tourmanin, où je passe la nuit, ressemble fort à Dana, où j'avais dû séjourner. Ce n'est plus l'averse qui me cause des tracas, c'est une tourmente sans pluie; il faut des efforts surhumains pour planter la tente; les piquets qu'on enfonce dans la terre molle sont arrachés au fur et à mesure. Essayons de nous contenter du toit qui offrira moins de prise à la rafale; mais non, il est impossible de se passer d'un autre abri; et nous déroulons la partie inférieure. Le lendemain, je commence à peine à m'habiller qu'un souffle plus fort renverse le piquet central en travers de mon lit et nous ensevelit sous la toile.

Je me suis arrêté au Kalaat Siman ou monastère de Saint-Syméon, une merveille célèbre de l'architecture syrienne. Si l'ombre du Stylite vient quelquefois errer sous le portique qu'ont élevé ses fidèles, longtemps groupés autour de sa colonne et de sa prédication, elle doit frémir des spectacles qui s'offrent à elle. Le cloître est une écurie pour chevaux; l'église en forme de baptistère, qui se dresse en face, une étable à vaches et une demeure pour quels humains! l'ascète en voit sortir de jeunes enfants entièrement nus. À quelque distance, le village de Kafr Nabo a gardé le nom du dieu sémitique, à qui l'on avait offert en ce lieu un sanctuaire. Il n'y a plus que trois maisons, qui sont des ruines antiques en superbes pierres de taille; les indigènes y vivent du lait de leurs moutons, en pleine fainéantise; le plateau est entièrement dénudé; et pourtant une inscription grecque, copiée dans les décombres d'une basilique et qui mentionne la dédicace d'un pressoir, m'apprend que, déjà avant la paix de l'Église, ces crêtes étaient couvertes de plantations d'oliviers.

TRAPPE DE CHECKHLÉ: UN GRAND ÉDIFICE EN PIERRES A REMPLACÉ LES PREMIÈRES HABITATIONS (page [165]). D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Par un torrent, nous descendons jusqu'à la plaine, où s'aperçoit la longue ligne blanche de la route qui d'Alexandrette conduit à Alep, après avoir contourné le massif rocailleux de Saint-Syméon. Qu'on me permette ici une définition: une route ottomane est une étroite chaussée, mal empierrée, le long de laquelle peuvent d'ordinaire circuler les voitures, dont les bornes kilométriques sont généralement renversées, après martelage des chiffres, et qui franchit les canaux par des ponts auxquels manque une arche, et à côté desquels il y a le plus souvent un passage à gué. La route dont je parle est de date récente, s'est faite par morceaux, raccordés sans intelligence. En un point de la montagne, à la montée de Beïlan, une société d'entreprises particulières avait ouvert un sentier provisoire et d'intérêt local, pour y faire passer une automobile. L'ingénieur en chef crut à une ancienne voie qu'il suffirait de réparer et d'élargir, et établit la route à un niveau sottement choisi.

TRAPPE DE CHECKHLÉ: LA CHAPELLE (page [166]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.