«Écoute-moi, vaillant château, et accomplis ce que j'implore de toi, bien que deux douzaines de vers ne méritent pas une récompense. Si quelquefois ma maîtresse, terrible comme l'enfer, belle comme le ciel, ou, pour mieux dire hautaine comme la ville de Tolède, sort pour jouir des amandiers aux fleurs verdoyantes, prémisses de l'année et le plus doux des aliments, si elle fait des eaux du Tage un miroir à sa beauté, donne tes ruines pour exemple à son orgueil, et dis-lui, sans parler, mille choses que tu sais bien....»
La vieille forteresse n'est pas seulement célébrée par les poètes; ses légendes et ses histoires de guerre et d'amour chevaleresque sont consacrées dans le Romancero.
Le roi Alfonse s'était éloigné à la tête d'une vaillante armée, laissant le commandement de Tolède à Bérengère, noble par le sang, reine par le mariage, souveraine par la beauté.
Le Maure, informé que la ville était dépourvue de ses défenseurs, accourut. Mais, avant de franchir le Tage, il fallait prendre le château qui défendait l'entrée du pont.
La reine monta sur une tour de l'Alcazar, et ses yeux courroucés virent le péril que courait la poignée de braves enfermés dans la forteresse, et qui, bientôt, périrait sous l'étreinte de l'Infidèle.
Et voici qu'il se présente au Maure, le héraut de la reine Bérangère. Elle a dit sur un ton de reproche:
DANS DES RUES TORTUEUSES S'OUVRENT LES ENTRÉES MONUMENTALES D'ANCIENS PALAIS, TEL QUE CELUI DE LA SAINTE HERMANDAD (page [584]).—PHOTOGRAPHIE LACOSTE, À MADRID.
«N'est-ce point lâcheté à toi de t'en prendre à de si faibles ennemis! Si tu es aussi vaillant que tu veux le faire croire, va, et attaque le roi Alfonse, mon époux, et ses chrétiens, sous les murs de Carélie!»