Alfonse et le Cid mettent pied à terre, s'agenouillent et ordonnent de célébrer, dans le sanctuaire rendu au culte, le saint sacrifice de la Messe.

Rêve charmant des âmes pieuses. C'est à lui que le petit édifice doit son nom: El Cristo de la Luz.

Les architectes locaux ont beaucoup discuté sur la date à laquelle on doit faire remonter la construction de la partie la plus antique du sanctuaire. Certains d'entre eux ont voulu y voir une manifestation d'un art arabe très primitif, contemporain des premières années de la conquête sarrazine. Ils voudraient y trouver aussi un prototype de la célèbre mosquée de Cordoue. Son plan carré, ses nefs accotées avec leurs arcs en fer à cheval et leurs colonnes d'un style fort grossier, les coupoles de briques qui le couvrent viennent à l'appui de leur thèse sans donner une certitude.

Des peintures à fresque, représentant les saints martyrs de Tolède, et qui doivent remonter au XIIe siècle, ont été découvertes seulement en 1871, à la suite de la chute d'un fragment de l'enduit qui les recouvrait. Elles dateraient de la période où les chevaliers de Saint-Jean installèrent en ce lieu, signalé par un miracle, une commanderie de leur Ordre. À peine faut-il parler, pour mémoire, de la seconde chapelle construite en 1482 par le cardinal de Mendoza, et dont la suppression rendrait au vieil édifice son véritable caractère.

Un peu au delà du Cristo de la Luz, fière et isolée comme un arc de triomphe, s'élève la merveilleuse Puerta del Sol. Ses briques, dorées par le soleil dont elles absorbent depuis si longtemps les rayons, semblent sourire au regard. Qui ne l'a louée en prose, chantée en vers, célébrée sous tous ses aspects? Le Tage lui-même aurait sujet d'en être jaloux.

PORTE DU VIEUX PALAIS DE TOLÈDE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Il me souvient d'être passée jadis sous son arc. Aujourd'hui, la route carrossable est établie en contrebas, sans doute pour permettre de la mieux admirer, et peut-être aussi pour améliorer la pente d'une route fréquentée par un charroi très actif. La vie est, en effet, très intense sur la Cuesta del Carmel, et parfois l'on a peine à se frayer un passage à travers les convois d'ânes qui vont chercher de l'eau au fleuve, car Tolède, bâti sur le roc, paraît presque aussi altéré que le Manzanares lui-même.

Ce n'est pas d'hier qu'on a rêvé d'élever jusqu'aux lèvres de ses habitants les eaux si douces de son Tage chéri. Charles Quint, ce Charlemagne de l'Espagne, y réussit. Très épris de mécanique—chacun sait le souci que lui causait le désaccord d'un certain nombre d'horloges qu'il ne pouvait faire sonner en même temps,—il chargea un ingénieur de Crémone, nommé Juanilo Turriano, de résoudre le problème. L'Italien construisit un appareil hydraulique, que les contemporains décrivent avec plus d'emphase que de précision. Alvarez de Colmenar, qui vivait au siècle dernier, n'en parle que par ouï-dire, car il n'existait plus de son temps. Il semble qu'il s'agit d'une noria.