Le lendemain la mosquée était consacrée au culte chrétien, et rétablie dans les droits canoniques de l'église qu'elle avait remplacée, en dépit des protestations d'Abou Valid qui réclamait avec indignation l'exécution du traité de capitulation.

Aussitôt les Maures dépêchèrent au roi un émissaire chargé de lui porter leurs doléances et de réclamer, avec l'accomplissement de la promesse royale, la punition de la reine et de l'évêque.

Alfonse, enflammé de colère, promit de châtier les coupables, et reprit en toute hâte le chemin de Tolède.

STATUE POLYCHROME DU PROPHÈTE ÉLIE, DANS L'ÉGLISE DE SANTO TOMÉ (AUTEUR INCONNU) (page [590]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Quand ils apprirent le soudain retour du roi, la reine et l'évêque, saisis de crainte, tombèrent dans une profonde consternation. Par bonheur, il se trouva parmi les Maures un psychologue prudent et sage.

«Qu'allez-vous faire? dit-il à ses coreligionnaires. Le roi Alfonse est loyal, il tiendra sa promesse et punira comme ils le méritent la reine qu'il aime et l'évêque qui a toute sa confiance. Vous aurez un moment raison, mais soyez sûrs que, justice faite, le justicier vous gardera rancune. Afin de conserver une mosquée désormais trop vaste, ne vous aliénez pas la bonne volonté de notre souverain. Craignez qu'il ne nous fasse repentir de la sévérité que nous exigerions de lui.»

L'alfaqui (docteur de la loi) sut convaincre ses auditeurs, et le soir même, délégué par eux, il courait au-devant du roi pour solliciter sa clémence en faveur des coupables.

Alfonse témoigna le plus vif mécontentement à la reine et à l'évêque; mais, heureux au fond du cœur d'être dispensé de sévir quand l'honneur l'y obligeait, il montra désormais aux Arabes demeurés à Tolède un bon vouloir qui n'était que la juste rançon de la violence commise en son absence.