La ville conserva la mosquée comme cathédrale pendant plus d'un siècle et demi, et ce fut seulement sous le règne de Ferdinand III, le saint conquérant de Séville, qu'on la démolit. La première pierre de l'église actuelle fut posée par ce monarque assisté de l'évêque Dom Jimenez de Rada, le 4 août 1227. Sa construction s'est poursuivie jusqu'à la fin du XVIe siècle. La chapelle Mozarabe, celles des Rois Nouveaux, du Sagrario, de l'Ochavo, la Sacristie, la Maison du Trésorier, la Salle capitulaire, les portes des Lions et de la Présentation, les boiseries du chœur et une multitude d'annexes appartiennent même à une période plus récente.
Le nom du premier architecte nous a été conservé. Il s'appelait Pedro Ferez, ainsi qu'en témoigne son épitaphe trouvée dans la chapelle de Santa Maria démolie lors de la construction du Sagrario. Il mourut fort âgé, en 1285. Parmi ses nombreux successeurs, n'oublions pas le fameux Juan Guaz à qui les Rois-Catholiques confièrent la construction du monastère de San Juan de los Reyes.
PORTE DU PALAIS DE PIERRE LE CRUEL.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Il serait fastidieux d'énumérer le nombre de piliers qui soutiennent la nef de la cathédrale de Tolède, des fenêtres qui l'éclairent, des mètres carrés de voûtes qui la couvrent, de ses chapelles, de ses verrières, de ses portes, de ses cours. Les chanoines eux-mêmes ne sauraient donner un inventaire complet des trésors de tout genre qu'elle renferme. Je m'attacherai donc à considérer ses parties essentielles, et à rappeler les trois grandes figures qui se détachent sur la masse des rois, des ministres, des guerriers, des évêques qui ont trouvé le dernier repos dans la cathédrale, ou lui ont donné quelque chose de leur gloire: je veux parler d'Alvaro de Luna, le célèbre et infortuné ministre de Juan II, du grand cardinal de Mendoza, ministre d'Isabelle la Catholique, et du non moins grand Ximénès de Cisneros qui, investi du pouvoir souverain à la fin de la vie de cette sublime reine, le conserva durant les premières années du règne de sa fille, Jeanne la Folle.
Comme dans presque toutes les églises gothiques d'Espagne, la beauté de la nef centrale est bien amoindrie par la masse encombrante de l'inévitable chœur réservé aux chanoines. Pourtant, sa magnificence doit lui faire beaucoup pardonner. Après avoir considéré la superbe grille de cuivre doré et de fer argenté où se mêlent les ornements caractéristiques du style plateresque, après avoir reconnu sur le couronnement très orné, les armes du cardinal Siliceo, primat d'Espagne à l'époque où le célèbre maître en ferronnerie Domingo Cespedes acheva ce chef-d'œuvre (1548); après avoir déchiffré l'inscription indiquant que cette merveille fut exécutée sous le règne de Charles V et sous le pontificat de Paul III, on commence à oublier des griefs que la visite attentive du vaisseau ne tarde pas à effacer.
Le long des murailles qui s'élèvent jusqu'à mi-hauteur des piliers, se dressent deux étages de stalles, en noyer richement sculpté, mais de styles différents. L'étage inférieur n'est pas le plus beau; du moins il est le plus ancien et le plus intéressant. Chaque bas-relief représente un incident de la conquête du royaume de Grenade par les Rois Catholiques, et la prise successive des nombreuses places fortes qui pendant dix ans en marquèrent les étapes. Ces stalles, achevées en 1495, datent du pontificat du cardinal de Mendoza, et sont l'œuvre du maître-sculpteur Rodriguez. De style gothique fleuri, elles abondent en détails curieux et charmants sur les fortifications, les costumes, les armes, les habitudes des chrétiens et des Maures à l'époque de la conquête.
Les stalles de l'étage supérieur datent du XVIe siècle, et sont tout imprégnées de l'esprit de la Renaissance. La mosaïque de marbre, de jaspe, d'albâtre s'y mêle au bois de noyer d'une belle teinte chaude, et fournit les éléments de la décoration.
Philippe Vigarni, dit de Bourgogne, a composé les stalles de gauche, tandis que Berruguete entreprenait celles de droite. Les personnages représentés presque de grandeur naturelle au-dessus des dossiers, sont empruntés à l'Ancien et au Nouveau Testament. La stalle de l'Archevêque, si particulièrement belle, avait été réservée à Berruguete. La mort vint, et son collaborateur eut la gloire de la tailler. Elle porte l'écu du cardinal Siliceo sous le pontificat duquel elle fut exécutée, au lieu de celui de l'archevêque Talavera qu'on retrouve sur les autres stalles. Les colonnes de bronze qui soutiennent la petite coupole dont elle est surmontée sont ciselées à miracle. Au dossier, un bas-relief d'albâtre, dû au ciseau de Grégorio Vigarni, frère de Philippe de Bourgogne, représente la Vierge posant la chasuble sur les épaules de saint Ildefonse. La grâce et la beauté mystique de la sainte n'ont d'égale que l'expression extatique et ravie de celui qui la contemple. Un groupe important se dresse au-dessus de la coupole, il représente la Transfiguration de Jésus entre Élie et Moïse. Berruguete eut le temps de l'exécuter et même d'avoir des difficultés avec le Chapitre pour le paiement de cette œuvre. Le maître-architecte de l'Alhambra, Pedro Machuca, fut choisi comme expert et fixa le prix du travail à 82 628 réaux, somme très importante pour l'époque puisqu'elle répond à 26 000 francs, toutes proportion et relation gardées.