Au-dessus des stalles s'élèvent à droite et à gauche des orgues que la beauté des registres et l'excellence du mécanisme rendent justement célèbres. L'un date de 1756, l'autre de 1796, et toutes deux sont dues à des constructeurs fameux. Leur boiserie toute dorée est de style chirruguresque. Ceci dispense d'en parler plus longtemps. Le mobilier du chœur rivalise avec les stalles. Au milieu, un aigle aux ailes éployées, aux griffes reposant sur une base gothique d'un style plus ancien, porte les énormes et pesants livres liturgiques. Ce bel oiseau est sans doute venu d'Allemagne à la Renaissance. Deux autres pupitres en bronze doré de forme différente, sont disposés un peu plus bas et parallèlement aux stalles. De très beaux bas-reliefs représentant le Passage de la Mer Rouge et David dansant devant l'Arche ornent les parties planes de ces pupitres. Ils ont été si solidement dorés qu'ils ne portent pas trace d'usure, bien qu'ils soient datés de 1570. S'il aimait les arts, le Chapitre chérissait aussi l'économie, car il eut encore des difficultés avec leur auteur, Nicolas de Vergara le Vieux. Il y eut dispute, querelle; enfin l'on réussissait à s'entendre.

PORTRAIT D'HOMME, PAR LE GRECO.—PHOTOGRAPHIE HAUSER Y MENET, À MADRID.

Entre le chœur et la Capilla Mayor actuelle que ferme une grille surmontée d'un admirable Christ en croix, s'étend un assez grand espace. Il fut occupé jusqu'au XVe siècle par la Capilla Mayor antique, tandis qu'en arrière s'élevait la chapelle dite des Rois Vieux, fondée par le roi D. Sanche le Brave, pour servir de sépulture à sa famille. Devenu cardinal et primat d'Espagne, Ximénès de Cisneros obtint des Rois Catholiques l'autorisation de transporter ailleurs les restes de leurs prédécesseurs et, des deux chapelles, de n'en faire qu'une de proportions plus vastes et mieux en harmonie avec l'importance de l'édifice. Un remaniement si important a laissé sa trace. La Capilla Mayor, après avoir hérité des statues et des ornements des deux sanctuaires, apparaît surchargée, encombrée, disparate. Parmi les effigies des rois et des reines, se sont glissées celles d'un vilain et d'un mécréant.

La fameuse bataille de las Navas était engagée, et l'armée chrétienne, cernée par l'Infidèle, allait être écrasée, quand un pâtre se présenta au roi Alfonse VIII, et lui offrit de le conduire par une voie inconnue, mais sûre, hors du défilé où ses troupes risquaient de périr. Quand il eut tenu sa parole, le pâtre disparut sans attendre un remerciement, ni solliciter une récompense. Le bruit courut aussitôt que le sauveur de l'armée chrétienne était un envoyé du ciel. En témoignage de reconnaissance, Alfonse VIII ordonna d'élever une statue représentant le guide céleste, et le dépeignit à l'artiste tel qu'il lui était apparu.

Vis à vis du Pastor de las Navas figure le digne alfaqui Abou Valid, qui, par sa prudence, sauva la reine Constance du châtiment qu'elle avait bien un peu mérité. Au delà des statues royales et en se rapprochant de l'autel, se superposent une série de tombeaux où dorment les membres des familles royales que l'on n'a point transportés dans la chapelle des Rois Nouveaux. Là encore, à une place toute royale, s'est introduit un personnage que sa naissance ne destinait pas à un tel honneur. Il ne s'agit de rien moins que du célèbre D. Pedro Gonzalès de Mendoza, cardinal, primat d'Espagne et premier ministre des Rois Catholiques.

LA CATHÉDRALE DE TOLÈDE (page [593]).