LES ÉVÊQUES MENDOZA ET XIMÉNÉS.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

«C'est trop d'orgueil! fit le prélat.

—Faut-il placer Votre Éminence en enfer?

—C'est trop d'humiliation!»

On prit un terme moyen, et le Cardinal fut mis en purgatoire, mais tout prêt à en sortir et allégé de ses habits, afin de s'élever plus vite au séjour des Bienheureux.

Une autre grande figure, mais celle-ci ensanglantée et tragique, avait précédé Mendoza sous les voûtes du vieil édifice. Je veux parler d'Alvaro de Luna, le favori et le ministre de Juan II, père d'Isabelle la Catholique, dont le tronc et la tête reposent dans la chapelle de Santiago, qu'il avait construite de son vivant, et qui est restée l'une des plus belles de la cathédrale. Jamais destinée plus étrange que celle de cet homme parti de bas, élevé au pouvoir par la faveur de son maître, régnant pendant trente-deux ans sur l'Espagne, mourant sur un échafaud, et trouvant dans la cathédrale de Tolède une sépulture quasi royale, après avoir longtemps reposé dans le cimetière des suppliciés. Seul, le sort du cardinal Wolseley peut être comparé au sien.

Vers 1437, alors qu'il était au faîte de la puissance, Alvaro de Luna avait acheté la chapelle de Santo Tomé, fondée en 1177 par le comte D. Muno de Lara, y avait adjoint des terrains voisins, et avait fait construire la superbe chapelle dédiée à saint Jacques en souvenir de l'Ordre dont il avait été nommé Grand-Maître. À la place qu'il réservait pour sa sépulture, il avait installé un automate de bronze émaillé et doré, modelé à sa ressemblance, qui se levait et s'agenouillait au moment de la consécration.

D'après certaines chroniques, l'automate fut détruit du vivant même du Grand-Maître, par D. Enrique d'Aragon, durant la guerre que ce prince soutint contre la Castille en 1440. L'une d'elles fait dire à D. Alvaro, s'adressant à D. Enrique:

«Pourquoi n'as-tu pas bravé ma statue, et pourquoi l'as-tu détruite, toi qui sur le champ de bataille as fui devant moi?»