SALON DE LA PRIEURE, AU COUVENT DE SAN JUAN DE LA PENITENCIA.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Selon d'autres auteurs, la statue fut enlevée par ordre d'Isabelle la Catholique, choquée des distractions que ses évolutions donnaient aux fidèles. Il est probable que la première version est la bonne, car la statue du Connétable ne dut pas survivre à sa disgrâce, et attendre jusqu'au règne d'Isabelle pour descendre de son piédestal. Quoi qu'il en soit, le bronze de l'automate ne fut pas perdu, et on croit en retrouver les restes dans les deux chaires ciselées qui sont à droite et à gauche de la Capilla Mayor.

Sur les deux sarcophages placés au centre de la chapelle, gisent les statues tombales d'Alvaro de Luna, vêtu de l'armure et du manteau des Grands-Maîtres de l'Ordre de Santiago, et de sa femme, Doña Juana de Pimentel. Une inscription donne seulement la date de la mort du Connétable, survenue en juillet 1453. Les traits du célèbre favori de Juan II rappellent ceux du petit portrait peint sur le retable qui surmonte l'autel, portrait copié sans doute sur un original, car le retable fut donné et placé en ce lieu dès 1498 sur les ordres de Doña Maria de Luna, fille du Connétable. Les sarcophages, tous deux très beaux, sont l'œuvre de Pedro Ortiz.

Non loin de la chapelle de Santiago, et signalée par les statues polychromes des hérauts d'armes de Léon et de Castille, s'ouvre la porte de la chapelle des Rois Nouveaux, construite par Alonzo Covarrubias, sur l'ordre de Charles Quint. Elle est de style plateresque, et du plus élégant qu'il soit. En dépit de la nouveauté relative de la construction, et surtout des autels qui remontent à la fin du XVIIIe siècle, on y vit encore parmi d'antiques souvenirs. Sous des ornements gracieux de la Renaissance, sont étendues, sévères et un peu hiératiques, les statues tombales des fondateurs de la première chapelle élevée en ce lieu: D. Enrique de Castille et sa femme, Doña Juana, morts le premier en 1378 et la seconde en 1381. Plus loin, celles de Enrique III et de sa femme, Doña Catalina, morte en 1418.

Dans l'angle de la chapelle, se trouve une très intéressante et très vivante statue peinte de D. Juan II, le maître trop faible et puis trop sévère de l'infortuné Alvaro de Luna. Elle est l'œuvre de Juan de Bourgogne.

L'artiste a dû s'inspirer de quelque portrait fidèle, car, dans ces yeux bleus, ce teint frais, ces joues et cette tête ronde, se retrouvent tous les caractères que l'on remarque dans les portraits les plus authentiques d'Isabelle la Catholique. Le regard de la fille est seulement plus profond et plus ferme que ne l'est celui du père.

À la voûte très haute du vestibule qui précède la chapelle, sont suspendus deux trophées fameux, qu'Isabelle avait fait placer elle-même au-dessus du tombeau de ses ancêtres et qui furent transportés dans la nouvelle chapelle bâtie par son petit-fils, Charles Quint. L'un est un drapeau portugais, pris à la bataille de Toro, livrée en 1476 par les Rois Catholiques, et à la suite de laquelle Isabelle resta maîtresse incontestée de la couronne de Castille; l'autre est l'armure complète de l'alferez D. Duarte de Almaïda, qui, blessé grièvement au bras durant la même bataille, continua de porter l'étendard royal, entre les dents, jusqu'à la fin du combat.

L'histoire suivra l'exemple des Rois Catholiques et immortalisera le porte-étendard de Toro en lui donnant une place à côté du soldat de Salamine, qui, après avoir perdu les deux mains, tenta d'arrêter une galère perse en s'y accrochant avec les dents.

Quand on a visité la grande nef de la cathédrale de Tolède et les innombrables chapelles greffées sur les collatéraux, l'on ne connaît qu'une partie du monument. Il reste à parcourir les sacristies et les magasins, les archives et la bibliothèque, où, depuis des siècles, l'on range, l'on amasse et l'on entasse les dons des rois, des princes et des primats d'Espagne. Le contenant est digne du contenu. Les lambris, les portes, les armoires sont, pour la plupart, des chefs-d'œuvre de menuiserie et de sculpture décorative. Le plafond de la grande sacristie, avec ses caissons étoilés et cruciformes, rouges ou bleus, damassés d'or, est une merveille d'ornementation mudejar. Les bronzes, répandus à profusion, peuvent lutter de beauté avec le revêtement et le marbre de la porte des Lions.