Plusieurs volumes suffiraient à grand'peine à la description des joyaux, des tapisseries, des bannières, des ornements, des meubles, des souvenirs historiques entre lesquels on signalerait la tente de drap d'or qu'Isabelle la Catholique planta fièrement devant Grenade. Puis ce sont des sculptures et des tableaux: le portrait du cardinal Borgia peint par Vélasquez, que connaissent, seuls, quelques rares initiés, et le Saint Antoine d'Alonso Cano, une statuette célèbre qui est, en réalité, de Pedro de Mena, l'un des élèves favoris du maître grenadin.
Et que dire du fonds magnifique de la bibliothèque et des archives, à peu près inexploré encore? Quelle joie n'éprouverait-on pas à retrouver dans la section musicale les œuvres, pour la plupart inédites, des célèbres maîtres de chapelle du XVe et du XVIe siècle: les Francisco Penalosa, les Bernardino Ribera, les Andres Torrentes, les Moralès, les Escovedo, les Pedro Fernandez, les Antonio Bernal, les Navarro! En lisant les pages admirables laissées par certains de ces maîtres, n'éprouverait-on pas quelque surprise à constater qu'elles sont écrites en chiffres, et à retrouver dans leur notation les principes de la méthode de Galin-Paris-Chevé, qui eut tant de vogue il y a quelque trente ans.
Mais pénétrer dans les mystérieuses retraites de l'antique cathédrale et bien connaître sa vie intime, n'est pas donné aux mortels. Trois mille clés sont, paraît-il, nécessaires pour fermer toutes ses portes; je crois qu'il en faut encore bien davantage pour les ouvrir. Saint Pierre lui-même n'y parviendrait pas. Le sage est celui qui sait modérer ses désirs. C'est en méditant sur cette vieille maxime, que j'ai pris congé de mes guides, et que je suis sortie de la cathédrale.
(À suivre.) Jane Dieulafoy.
PRISE DE MELILLA (CATHÉDRALE DE TOLÈDE).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
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