Je crois qu'aucun étranger n'a mieux vu Tolède que je ne l'ai fait sous le patronage de mon excellent ami le savant professeur Ventura Prosper y Reyes. Il n'est pas un fragment de l'ancienne cité qu'il n'ait étudié avec un talent qui n'a d'égal que sa simplicité. Aujourd'hui dimanche, le lycée provincial étant désert, le Docteur m'avait invitée à le visiter avant d'entreprendre une promenade hors ville:

«Nous y conservons, m'avait-il dit avec quelque mystère, deux portraits de femmes qui vous intéresseront beaucoup.

—De quelle époque?

—Du temps de Philippe IV.

—Un Vélasquez? Un Greco?

—Qui sait?»

J'arrivai toute palpitante. Peut-on se vanter de connaître toutes les richesses de cette Espagne, encore si mystérieuse et si discrète? L'émotion me serre le cœur en pénétrant dans la bibliothèque. Au fond de la salle et dans une sorte de retraite ménagée derrière la chaire du professeur, deux toiles d'assez grandes dimensions se font vis-à-vis. Je m'approche en toute hâte, mes yeux percent l'ombre avec anxiété, et je me trouve en présence d'une ... superbe femme à barbe entourée de son mari et de ses nombreux enfants. Une toison rouge couvre tout le visage, tandis que la poitrine opulente, couleur de lis et de rose, déborde au-dessus du corsage largement décolleté.

Il est bien entendu que Vélasquez n'a rien à voir avec ce portrait.

«Qu'en dites-vous? me demande en riant mon guide.

—C'est la réclame d'un marchand de pommade pour faire repousser les cheveux.