Quand on considère les hautes et aveugles murailles qui entourent les couvents de femmes, et qui contribuent pour une si grande part à donner à Tolède son aspect sombre et rébarbatif, on s'étonne qu'une pareille nouvelle ait causé si peu d'émotion au digne prélat. Il faut vraiment que le Diable passe par le trou des serrures.

Pour moi, lorsqu'il m'a été donné de franchir la porte d'un couvent de femmes, j'ai été frappée de l'austérité des visages émaciés, et vraiment émue par les preuves d'une misère trop évidente. Et quand on s'approche du tour de certains monastères condamnés par la Règle à donner après chaque repas les restes de la table, on voit distribuer des aliments que repousserait le dernier de nos mendiants. Le pois chiche, la pomme de terre cuite à l'eau, les rogatons de pain noir en constituent l'élément le plus raffiné. Les pauvres nonnes mourraient littéralement de faim, si elles ne fabriquaient avec un art incomparable des confitures exquises et, à l'occasion de certaines fêtes, les fameux massepains dont j'ai parlé tantôt. Elles envoient ces douceurs à des familles amies, et reçoivent en échange les maigres approvisionnements qui les font vivre. Les traditions, une sorte de respect humain amènent encore dans ces tristes demeures des jeunes filles de bonne famille, condamnées au célibat par la pauvreté; et quand l'extrême misère du cloître a produit la désillusion, elles y demeurent quand même, car la religion n'est pas seule à charger de ses malédictions la nonne en rupture de vœux. Le monde est d'accord avec l'Église:

«Garde-toi du courant d'air, de l'eau fraîche du matin et de la nonne ou du moine défroqués.»

LA «CASA CONSISTORIAL», HÔTEL DE VILLE (page [615]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Depuis longtemps déjà les moines de certains Ordres ont pris des licences que n'admettraient sous aucun prétexte les supérieures des couvents de femmes, et la plus fréquente est de s'inviter à des tables amies afin d'éviter le pain noir et les pois chiches à perpétuité.

«Voyez-vous, mes enfants, disait un bon fraile désireux d'instruire, au dessert, les enfants d'un hôte chez lequel il se présentait tous les jours à l'heure des repas, le Ciel est si loin de nous, que si Dieu lançait une fourmi sur la terre, elle mettrait des siècles avant d'y arriver.

—Eh bien, reprit le père de famille, sachez aussi, mes enfants, que si un fraile était lancé du Ciel à la dernière minute de la onzième heure, il tomberait tout juste au coup de midi pour manger ma soupe.»

Si l'indiscrétion des frailes est légendaire, la sottise de certains curés de village leur fait bien concurrence. C'est un sujet inépuisable.