«Bouche éclatante comme l'œillet, sein qui palpite et s'élève, front d'ivoire où étincelle l'or de Tibur.»

JEUNE FEMME DE CORDOUE AVEC LA MANTILLE EN CHENILLE LÉGÈRE (page [617]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Hélas! la Rome de l'Espagne, la Cité Impériale, la Mère des Villes, la Couronne du Royaume, la Lumière du Monde, la capitale des Récarède, des Sisebuth, des Rois Catholiques vainqueurs des Maures, se berce des souvenirs de son passé glorieux, et s'endort dans le linceul de ses ruines. Et pourtant chacune de ses poussières vit, palpite et tressaille. Nulle part l'étranger ne comprend mieux l'âme chevaleresque de la Castille, nulle part on ne saisit mieux le sens de l'héroïque et sauvage Romancero. Entre toutes les cités de la vieille Ibérie, Tolède est noble et belle! Elle a gardé un parfum précieux dont ses adorateurs ont seuls le privilège de jouir.

À mesure qu'en venant de Tolède on s'avance vers Cordoue, on se croirait transporté sous un autre climat. Des fraîches nuits de la Castille on ne peut plus se souvenir, sinon pour les regretter quand souffle à travers la Campina le Solano brûlant, qui semble porter dans son haleine toutes les ardeurs du soleil d'Afrique. Les deux capitales sont aussi différentes que les deux pays. Tandis que la vieille cité gothique, ce nid d'aigle abandonné, regarde d'un œil sévère les hautes falaises qui lui font face et que baigne le Tage, tandis qu'elle dresse encore orgueilleuse ses tours démantelées, ses palais en ruines et les hautes murailles aveugles de ses sombres monastères, la cité d'Abd el-Rhaman épouse les rives du Guadalquivir, dont les eaux capricieuses se promènent à travers la plaine fertile. Et dès qu'on a pénétré dans la ville où les maisons très basses, peintes en blanc, un peu banales dans leurs habits propres et neufs sourient par toutes les portes de leurs patios fleuris ou par les fenêtres éclatantes de géraniums et d'œillets aux violentes couleurs, on se demande à quelle fantaisie obéit Victor Hugo, quand il écrit le premier de ces deux vers:

Cordoue aux maisons vieilles,
À la mosquée où l'œil se perd dans des merveilles.

UN ANGLE DE LA MOSQUÉE DE CORDOUE (page [620]).—PHOTOGRAPHIE LACOSTE, À MADRID.