Des hauteurs qui environnent la ville, on découvre un superbe panorama de montagnes. Nous sommes d'ailleurs tout proche des Carpathes, et les vallées qui en descendent sont autant de buts d'excursions agréables et variées. La ville, quoique peu étendue, a pourtant son quartier tzigane: une rue entière non loin du monastère. Quelle rue singulière, surtout vers la soirée, alors que de toutes les habitations largement ouvertes se projettent les lueurs rouges et sinistres des feux de forge, devant lesquels circulent de superbes femmes en haillons, au teint mat et aux yeux noirs, et des amours d'enfants demi-nus, qu'on a revêtus, par décence sans doute, d'une courte veste descendant jusqu'à la ceinture. Des hommes grands et minces, à la figure bronzée, éclairée par la lueur des foyers, frappent le fer; d'autres dans l'ombre agitent des soufflets de forge. C'est l'heure du travail pour ces parias. Leur rude métier n'est pas supportable pendant les chaleurs du jour, et ce n'est qu'à la nuit tombante que ce quartier se réveille.

L'excursion du défilé de Dimboviciora est le complément obligé de tout séjour à Campolung. Cette gorge est une des plus célèbres et des plus visitées de cette partie des Carpathes.

Depuis le départ de Campolung, c'est une succession ininterrompue de points de vue superbes, d'horizons étranges, où les chaînes de montagnes s'étagent les unes par-dessus les autres, jusque dans un lointain infini. Au village de Rocaru, nous traversons la Dimbovitza, que nous côtoierons dans le défilé jusqu'à la grotte de Dimboviciora. La roche blanche qui émerge de son lit, entremêlée de touffes de verdure sombre, encadre merveilleusement cette petite rivière aux eaux pures et cristallines. Puis nous approchons rapidement de la haute muraille déchiquetée qui, depuis quelque temps, borne notre horizon, et au milieu de laquelle se dissimule l'entrée du célèbre défilé. À peine pénétrons-nous dans la gorge, qu'un spectacle réellement admirable se découvre à nos yeux. Des tours massives, des aiguilles élancées, des murailles inaccessibles, des gradins en ruine, le tout d'une superbe teinte blanc rosé, nous enserrent dans l'étroite crevasse; et dans le haut, une frange de verdure se dessine sur le ciel bleu.

À la sortie du défilé, le paysage devient moins sévère, plus alpestre, et l'on rencontre quelques pâturages et quelques huttes de bois. À l'une de ces huttes nous mettons pied à terre, et un jeune garçon nous mène jusqu'à la grotte de Dimboviciora, à travers un nouveau dédale de rochers éboulés. La grotte s'ouvre au milieu d'un décor des plus sauvages; mais malgré les descriptions enthousiastes des guides, elle vaut à peine une visite. À l'entrée, des montagnards affairés, munis de quelques maigres chandelles, s'offrent à nous précéder. On s'attend à quelque chose d'un peu fantastique, et l'on n'a devant soi qu'une caverne de 15 à 20 mètres de profondeur, avec quelques stalactites et quelques stalagmites d'un blanc jaunâtre.

Au retour de cette excursion remarquable, dont certains sites rappellent la célèbre Bastei de la Suisse saxonne, nous visitons une bien modeste petite abbaye de religieuses, l'abbaye de Namaesci qui présente un détail curieux: son église est entièrement creusée dans un monolithe. Seuls la tour et un petit avant-corps sont en maçonnerie. Tout l'intérieur est taillé dans le rocher, au-dessus duquel on peut circuler à l'aise, et d'où l'on jouit d'un panorama magnifique. Nous disons adieu à Campolung. Un embranchement de chemin de fer nous mène à Golesci, où nous retrouvons la grande ligne de Bucarest.

(À suivre.) Th. Hebbelynck.

DANS LES JARDINS DU MONASTÈRE DE CURTEA.

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