À la raffinerie, on soumet le pétrole à des températures s'élevant jusqu'à 270 degrés centigrades. Pour les opérations de distillation, on l'enferme dans des cornues d'où les gaz ne peuvent s'échapper. Il s'y transforme en naphte, gazoline, etc., etc.

La profondeur des forages varie considérablement, car le pétrole est distribué, dans toute la région des Carpathes, à des différences de niveau très sensibles. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, on ne creusait guère au delà de 30 mètres, pour recueillir ce liquide, dont on se servait uniquement pour le graissage des voitures. Aujourd'hui, on fore les puits à une profondeur variant de 130 à 400 mètres, et la production qui, déjà, en 1900, avait été de 247 000 tonnes, a notablement augmenté en 1901, grâce surtout à l'extension prise par la Steana Romana, la plus importante des Sociétés roumaines pour l'exploitation du pétrole.

Mais les progrès de l'exploitation ne sont pas en rapport avec l'importance des gisements pétrolifères; et les vices d'organisation des Sociétés exploitantes, l'absence de dividendes rémunérateurs, éloignent les capitaux étrangers cependant si nécessaires à la prospérité industrielle de la Roumanie.

La promenade de Campina à Sinaïa par la route de voiture est une des plus poétiques qu'on puisse rêver. Une série de paysages riches, d'un coloris superbe, se déroule à nos yeux, tandis que nous remontons la vallée de la Prahova. La rivière est bordée de rochers rougeâtres couverts de maigres prairies, dans le bas. Dans le haut, des touffes de saules, d'un gris d'argent, sont jetées en désordre sur leurs flancs. Les fermes sont plus grandes, mieux construites, bien entretenues, et les habitants n'ont plus l'aspect servile et craintif, l'air de chien battu que nous avons remarqué chez presque tous les campagnards.

LE MONASTÈRE DE SINAÏA SE DRESSE DERRIÈRE LES VILLAS ET LES HÔTELS DE LA VILLE (page [406]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Une importante fabrique de ciment groupe autour d'elle tout un village aux habitations blanches, recouvertes de tuiles rouges. C'est la richesse qui pénètre dans la région; mais avec elle le charme, la poésie disparaissent, et bientôt cette route sera souillée et ternie par les fumées des usines qui ne tarderont pas à s'installer sur ses bords.

Au fond de la vallée, large et profonde, roule la Prahova, dont les méandres et les circuits innombrables vont se perdre dans la plaine lointaine. Ses eaux, divisées en une infinité de minces filets, scintillent au soleil comme de longues et capricieuses traînées d'argent, escortées des deux rubans d'acier de la voie ferrée. Franchissant des ravins sauvages, côtoyant de sombres précipices, nous entrons dans la forêt, suivant à mi-côte les sinuosités de la montagne.

Au cœur de la forêt, au pied d'un énorme rocher de 2 500 mètres, tout dentelé, tout dénudé, s'abrite Sinaïa.