Sinaïa, villégiature de création récente, doit sa prospérité au séjour du roi et de la reine de Roumanie, qui choisirent un des sombres vallons de la Prahova comme résidence d'été. Autour d'eux, se groupa bientôt toute la haute société du royaume: ministres, députés, ambassadeurs, dignitaires de la Cour et de l'armée. Aujourd'hui, tout ce que Bucarest a de plus distingué passe l'été à Sinaïa.

Nous pénétrons dans Sinaïa par une large et somptueuse avenue, bordée de villas magnifiques, qui aboutit à un jardin tout émaillé de fleurs, égayé de jets d'eau, avec de vastes pelouses, courtes et serrées, servant de plaines de jeux. Les hôtels de Sinaïa sont établis dans ce jardin. Ils ne sont guère nombreux, du reste: trois, quatre, peut-être. Aussi sont-ils bondés d'étrangers, et nous avons de la peine à y trouver logement.

UNE DES DEUX COURS INTÉRIEURES DU MONASTÈRE DE SINAÏA (page [406]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

À l'hôtel Sinaïa, qu'on nous a spécialement recommandé, l'hôtel Caraïman étant en reconstruction, il ne reste plus que des mansardes au second. Comme nous hésitons à accepter ce logement, on nous montre des chambres voisines, disposées de la même manière et occupées par des ambassadeurs. Cela nous décide.

L'hôtel est bon, mais d'une propreté orientale à laquelle malheureusement nous ne parvenons pas à nous faire. Dans la plupart des appartements, on ne trouve que des divans, qui, pour la nuit, sont transformés en lits, et qui, le jour, servent de sièges.

Au restaurant, toutefois, on se croirait encore à Paris. Tout le monde parle français; on sert la cuisine française, et seule la mignonne tasse de café turc, qu'on vous présente à la fin du repas, vous rappelle que vous êtes aux portes de l'Orient.

Les vins roumains sont généralement fins et délicats. Les vins blancs de Dragashani et de Cotnar surtout, conquièrent immédiatement nos suffrages. Nous apprécions moins favorablement les vins rouges, dont on semble faire beaucoup de cas, et qu'on cherche à mettre sur le même pied que les vins du Bordelais. Bien que les Roumains aient fait de louables efforts pour faire prospérer leurs vignobles, qu'ils aient même fait venir de France de nombreux vignerons pour la préparation de leurs vins rouges, ceux-ci ne pourront jamais supporter la comparaison avec les vins français.

À Sinaïa, la vie est luxueuse et chère; d'ailleurs, le Roumain riche est dépensier: il aime la toilette, le plaisir: c'est un civilisé dans toute la force du terme.