LA «SEDIA DI NAPOLEONE» SUR LE MONTE GIOVE OU L'EMPEREUR S'ASSEYAIT POUR DÉCOUVRIR LA CORSE.

Mais le vieux tâche de me faire entendre qu'il faut rester encore et attendre un peu: «Poco! poco, Signor!» Il fait le moulinet avec ses bras pour m'exprimer que le brouillard se dissipera tout à l'heure, et que je verrai «la Corsica», c'est-à-dire la Corse. J'éprouve bien quelques doutes sur les chances qu'une telle brume, qui semble au contraire s'épaissir de plus en plus, se dissipe tout à coup, mais je sais, d'autre part, que sur les montagnes tout l'imprévu est possible, et je rentre dans la maisonnette pour prendre patience et me chauffer. Quant à mon colosse, en dépit de ses pieds nus et de sa chemise entrebâillée, loin d'avoir froid, il préfère se désaltérer à une grosse cruche toute ventrue, pleine de vin blanc, qu'il a aperçue sous la table, et au goulot de laquelle il se met à boire à pleines lampées.

LA BLANCHE CHAPELLE DE MONSERRAT AU CENTRE D'UN AMPHITHÉÂTRE DE ROCHERS ET ENTOURÉES DE SVELTES CYPRÈS (page [117]).

Pendant que je suis à sécher l'humidité de mes vêtements, le vieux sort à chaque instant pour examiner le brouillard qui, en effet, passe comme des bouffées de fumée, tantôt plus transparent, tantôt plus intense. Il me le montre du doigt et rit d'un air satisfait. Mais voici soudain que les bruyères se mettent à frissonner, le vent s'élève, les châtaigniers dessinent plus nettement la fine dentelle de leur ramure, et des taches d'azur apparaissent au ciel. «Venite, Signor! venite!» me crie le vieux, et il m'emmène rapidement jusqu'à un roc à demi maçonné, devant lequel on sent le vide, et formant une sorte de trône cyclopéen où s'asseyait l'Empereur.

VOICI RIO MONTAGNE DONT LES MAISONS RÉGULIÈRES ET CUBIQUES ONT L'AIR DE DOMINOS EMPILÉS... (page [118]).