L'avenir fut, on le sait, ce qu'il devait être fatalement, l'audacieux et soudain départ sur le brick l'Inconstant, le 26 février 1815, avec une armée de huit à neuf cents hommes, et la reconquête momentanée du trône de France. Napoléon, roi de l'île d'Elbe, avait régné dix mois exactement. Le 30 juillet 1815, un peu plus d'un mois après Waterloo, le grand-duc de Toscane ayant envoyé une flottille à Porto-Ferraio, elle y débarqua sans obstacle.
Le 2 septembre, la souveraineté de Ferdinand III fut officiellement reconnue, et Elbe fit ainsi retour à la Toscane, c'est-à-dire à l'Italie dont elle a depuis fait partie.
SAN MARTINO RAPPELLE PAR SON ASPECT UNE DE CES MAISONNETTES À LA JEAN-JACQUES ROUSSEAU, AGRESTES ET PAISIBLES (page [123]).
Tout en étant aujourd'hui loyaux sujets de la monarchie de Savoie, les Elbois aiment toujours la France et accueillent avec sympathie toute démarche amie de sa part. Ils fraternisent surtout avec les Corses, leurs voisins dans les flots; Porto-Ferraio et Bastia choquent volontiers leurs verres en de cordiaux banquets.
Mais, par-dessus tout, ils aiment à glorifier, chaque année, le souvenir de leur ancien Empereur par la cérémonie funèbre du 5 mai (date de la mort à Sainte-Hélène), dont nous avons parlé au début de ce livre. Là, les passions politiques, que ce mort soulève encore chez nous, n'existent pas à son égard; on le respecte, simplement parce qu'il fut grand, et que s'élever au-dessus des hommes est chose plus ardue que de critiquer et juger ceux qui ont su y parvenir. On l'honore aussi par reconnaissance durable pour le bien qu'il a fait en passant à son petit royaume, pour la place qu'il a donnée dans l'histoire à ce coin de terre, dont nul, sans lui, ne connaîtrait aujourd'hui le nom.
RIDEAU DU THÉÂTRE DE PORTO-FERRAIO REPRÉSENTANT NAPOLÉON SOUS LA FIGURE D'APOLLON GARDANT SES TROUPEAUX CHEZ ADMÈTE.