En quittant l'île d'Elbe, l'Empereur avait légué à Porto-Ferraio sa maison des Mulini, son portrait en pied placé dans la salle principale de la maison commune, et sa bibliothèque; mais le grand-duc de Toscane mit bientôt la main sur toutes les propriétés impériales. Il fit vendre les meubles, dont une partie se dispersa à l'étranger, dont une autre fut achetée dans l'île par les habitants, qui s'en servirent pour leur usage personnel, et chez lesquels on en retrouve ça et là des débris.

LA SALLE ÉGYPTIENNE DE SAN MARTINO EST DEMEURÉE INTACTE AVEC SES PEINTURES MURALES ET SON BASSIN À SEC.

L'Hôtel de Ville conserve également, comme nous l'avons dit, le drapeau du souverain de l'île d'Elbe, quelques chaises du mobilier de l'époque, branlantes et défoncées, aujourd'hui reléguées dans les greniers, et, au rez-de-chaussée, ceux des livres de la bibliothèque de l'Empereur que le grand-duc de Toscane n'avait pas vendus ou emportés.

En 1851, le prince Anatole Demidoff, qui s'était allié aux Bonaparte en épousant une fille de Jérôme, acquit San Martino et entreprit d'y établir un musée napoléonien, où il réunirait tous les objets qu'il pourrait retrouver à Elbe, augmentés d'une collection personnelle fort riche se rapportant à diverses époques de la vie impériale. Afin, toutefois, de ne pas défigurer la petite maison qui avait abrité le grand Empereur, il profita de la déclivité du terrain pour faire construire en dessous d'elle, et lui formant en quelque sorte comme un piédestal avec son toit en terrasse et ses colonnes, une sorte d'édifice de 63 mètres de façade, à l'imposante architecture, et portant à ses angles des aigles aux ailes éployées. Ce fut lui aussi qui fit placer dans le jardin des Mulini, à Porto-Ferraio, les écussons de marbre blanc et les bas-reliefs que l'on y voit dans les parterres; ce fut lui qui fit don à l'église de la Miséricorde du cercueil d'ébène et du masque de bronze de l'Empereur, qui institua la cérémonie funèbre du 5 mai, et qui légua les fonds nécessaires pour la distribution d'aumônes qui l'accompagne. Mais après sa mort, son neveu et héritier, Paul Demidoff, envoya vendre à Florence, à vil prix, à la criée publique, tout ce que renfermait ce coûteux et précieux musée. San Martino fut lui-même cédé à un nommé Giuliani; il n'y restait qu'un lit, c'est ce lit que nous avons vu dans la chambre de l'Empereur et le fauteuil à bascule que l'on y voit également.

BRODERIES DE SOIE DU COUVRE-LIT ET DU BALDAQUIN DU LIT DE NAPOLÉON AUX MULINI, DONT ON A FAIT LE TRÔNE ÉPISCOPAL DE L'ÉVÊQUE D'AJACCIO.

San Martino a été revendu, depuis, à un richissime propriétaire de l'île d'Elbe, Signor del Buono, qui expulsa de la maison un certain nombre d'objets hétéroclites qui s'y étaient introduits, et la rendit à son aspect primitif. Il a même entrepris, depuis peu, de reconstituer dans la grande galerie Demidoff un musée napoléonien. Il y a fait rentrer tout d'abord le superbe lit d'acajou, à ornements dorés, de Madame Mère, qui se l'était fait expédier de Paris à Porto-Ferraio, puis après le départ de l'Empereur, l'avait envoyé à Lucques, où il servit probablement à la princesse Pauline, et où signor del Buono l'a retrouvé et racheté. Il a également racheté à une famille de Porto-Ferraio le guéridon et le service à café en porcelaine, qui sont aujourd'hui dans la chambre de l'Empereur et qui proviendraient des Mulini.