Les attractions de Srînagar et ses distractions mondaines épuisées,—nous y reviendrons à l'approche de l'automne,—il est, dès la mi-juin, temps de repartir; car voici la chaleur qui arrive, et avec elle les moustiques et parfois quelques cas de malaria. On a assez souvent comparé le climat de la Basse-Vallée, en été, à celui de la Lombardie.

Par les méandres qui, vus du haut du Takht-i-Souleiman, dessinent dans la Vallée comme une palme (le motif décoratif des anciens châles), on atteint d'abord Pandrethan, qui passe pour être l'ancienne capitale détrônée par Srînagar. Elle s'étendait sur les premières pentes des collines, à l'abri des inondations de la Vitastâ. Ses ruines ne sont plus qu'un chaos de pierres. Seul, un petit temple est encore debout au milieu de sa cour quadrangulaire qu'a envahie l'eau de son nâga: c'est le nom que les Kachmiris donnent aux fontaines et aux serpents mythiques à tête humaine, qui sont censés en être les divinités protectrices. Sur le petit étang, ainsi formé, flotte un bachot. En voulant m'y embarquer, je me rencontre nez à nez avec mon premier serpent. Mais celui-ci n'avait rien de mythique, ni non plus celui que l'on trouva, quelques jours plus tard, roulé sous la natte de ma tente; après quoi je n'en vis plus, ni ne souhaitai d'en voir davantage.

La bête tuée à coups de bâton par les handjis, je demande au pandit, lequel réprouve cet assassinat, s'il la croit venimeuse; au lieu de se baisser pour examiner sa forme et sa couleur, le voilà qui se dresse sur ses babouches, le nez en l'air, dans la direction du nord-ouest.... C'était pourtant bien la réponse à ma question que l'honnête homme cherchait ainsi dans les nuages. Étant donné que Çiva réside sur l'Haramouk, qu'il porte comme colliers et bracelets des serpents, et qu'en sa qualité de divinité tutélaire de la Vallée, il a promis que la morsure de ces derniers ne serait jamais mortelle en aucun lieu d'où l'on découvre la cime neigeuse de sa demeure, le problème se résumait donc à vérifier si, de cette place, on apercevait la pointe de l'Haramouk. «Tant que vous la verrez, ajouta le pandit, vous pourrez être tranquille, mais après il faudra se méfier....» Je préfère me méfier avant.

ZIARAT DE CHEIK NASR-OUD-DIN, À VIDJABROER.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Plus en amont, Pampour montre une base de temple hindou, une mosquée, un pont et des champs où le safran fleurira à l'automne. La récolte de cette suprême délicatesse des gourmets kachmiris est un monopole d'État, et la poudre dorée des étamines se paye au poids de l'argent. On fabrique aussi à Pampour d'excellents biscuits, qui sont d'une grande ressource en campagne et valent, à mon avis, le meilleur pain.

Je dois, faute de place, brûler les étapes et me borner à énumérer les buts d'excursion les plus intéressants. De Pampour, sur la rive droite, on visite les sources sulfureuses de Vian et les ruines des temples de Ladou. De Kakapour, sur la rive gauche, deux heures de marche vous conduisent au petit temple, bien conservé, de Panyech, bijou de l'art kachmiri, sculpté dans l'assemblage de dix blocs de pierre. Quant aux temples de Narasthân, il faut une bonne journée de marche pour les découvrir au pied des hautes montagnes neigeuses de Brariangan. En revanche, les doubles ruines d'Avantipour bordent la rivière, à moitié enfouies dans les alluvions.